13h00. La marche nationale annoncée par la Coalition Article 64 (C64) contre tout changement de la Constitution et toute perspective d’un troisième mandat de Félix Tshisekedi est effectivement engagée à Kinshasa, tandis que dans plusieurs provinces, la mobilisation de l’opposition est empêchée, dispersée ou fortement encadrée par les forces de sécurité.
À la mi-journée, le contraste entre la capitale et plusieurs grandes villes du pays est particulièrement marqué.
À Kinshasa, les premiers cortèges ont commencé à se mettre en mouvement vers 12h10. Des manifestants partis de l’échangeur de Limete, dans l’est de la capitale, et du rond-point Moulaert, à l’ouest, convergent progressivement vers le boulevard Triomphal, retenu comme point de chute après l’accord intervenu entre la C64 et l’Hôtel de Ville.

Cet itinéraire constitue une modification du dispositif initial. Les autorités provinciales et les organisateurs se sont accordés pour éloigner le rassemblement du Palais du Peuple, afin de préserver l’inviolabilité du siège du Parlement alors que s’ouvre ce même mardi la session ordinaire de septembre.
La marche intervient donc dans un contexte institutionnel particulièrement sensible. La C64 entend faire entendre son opposition au projet de modification de la Constitution et à toute initiative susceptible, selon elle, d’ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel.
La coalition avait annoncé cette mobilisation dès août, en la présentant comme une défense de l’ordre constitutionnel et de l’alternance.
Le Palais du Peuple sous haute surveillance
Alors que les manifestants progressent vers le boulevard Triomphal, les abords du Palais du Peuple restent soumis à un important dispositif de sécurité constaté en milieu de matinée par Congo Guardian.
Depuis les premières heures de la matinée, les accès au siège du Parlement sont filtrés. Des barrières ont été installées et les véhicules, conducteurs, passagers ainsi que les piétons font l’objet de contrôles d’identité.
Les forces de l’ordre sont également visibles sur les différents axes conduisant vers le complexe parlementaire.
Ce déploiement répond à un double enjeu : empêcher tout débordement autour du Parlement et permettre le déroulement de la rentrée parlementaire, prévue ce mardi et qui est déjà en cours au moment où nous mettons en ligne.
Le compromis conclu entre la C64 et les autorités provinciales avait précisément pour objectif d’éviter que le cortège ne se retrouve au contact direct du Palais du Peuple.
La matinée avait toutefois débuté dans le calme à Kinshasa, malgré une présence policière renforcée sur plusieurs itinéraires retenus pour la manifestation.
Lubumbashi : marche empêchée, arrestations et blessés dénoncés
À Lubumbashi, la situation est nettement plus tendue. La marche de la C64 n’a pas pu se tenir, les autorités ayant maintenu l’interdiction des manifestations publiques dans la ville.
Le commissariat provincial de la PNC avait encore appelé la veille la population à ne pas participer à des rassemblements susceptibles de troubler l’ordre public. Selon les responsables locaux de l’opposition, plusieurs militants ont été interpellés aux points de rassemblement, notamment du côté de l’ISP et de l’Institut Maadini.
Des blessés sont également signalés. L’opposition affirme que les forces de l’ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes et des tirs pour disperser les manifestants.
Une séquence particulièrement dramatique a par ailleurs marqué la matinée : l’ancienne sénatrice Bijoux Goya est apparue en larmes après un incident au cours duquel, selon des témoignages recueillis sur place, un civil aurait été atteint par des tirs attribués à la police.
Elle a lancé, bouleversée : « On vient de tuer mon enfant ! ».
À ce stade, les circonstances exactes de cet incident et l’existence d’un décès ne sont toutefois pas établies de manière indépendante.
L’interdiction de la manifestation à Lubumbashi était connue avant le 15 septembre. La mairie l’avait justifiée par les mesures antérieures interdisant les manifestations publiques dans la ville, tandis que la C64 avait décidé de maintenir son mot d’ordre, estimant que cette interdiction portait atteinte à la liberté constitutionnelle de manifester.
Kisangani : des militants assiégés dans un siège de parti
À Kisangani, chef-lieu de la Tshopo, la mobilisation a également été empêchée. Des éléments de la police ont été déployés sur plusieurs points de rassemblement.
Au siège d’Ensemble pour la République, des militants de la C64 se sont retrouvés encerclés par les forces de l’ordre. Des gaz lacrymogènes auraient été utilisés à l’intérieur ou aux abords immédiats du siège, tandis qu’un militant affirme avoir vu l’un des manifestants être embarqué dans une jeep de police.
Au terrain Bendalare, dans la commune de Makiso, d’autres manifestants ont été dispersés sans usage d’armes à feu, selon les informations disponibles.
La situation à Kisangani était prévisible : le gouverneur de la Tshopo avait interdit la marche en invoquant le contexte sanitaire lié à l’épidémie d’Ebola, qui affecte la province. La C64 avait néanmoins maintenu son appel, assurant vouloir respecter les mesures barrières.
Kindu : la mobilisation bloquée au siège du LGD
À Kindu, dans le Maniema, la situation apparaît encore plus préoccupante. Des militants du LGD d’Augustin Matata Ponyo sont, selon les informations recueillies ce mardi, maintenus au siège du parti où certains ont passé la nuit.
Selon des sources de l’opposition, la police leur interdit de sortir des installations sur instruction des autorités provinciales. Les militants dénoncent également des conditions difficiles, évoquant notamment l’absence d’eau et de nourriture.
La tension avait déjà commencé à monter dans la ville avant la marche. La C64 avait annoncé l’arrestation de plusieurs de ses membres engagés dans des opérations de sensibilisation.
Radio Okapi rapportait notamment, dès le 13 septembre, la détention de quatre militants, tandis que d’autres sources avancent un bilan de douze personnes interpellées.
Des informations non encore corroborées font par ailleurs état de deux morts à Kindu à la suite d’incidents liés à la mobilisation. À 13h, ces informations sont considérées avec la plus grande prudence en l’absence de confirmation indépendante.
Inongo : une journée ordinaire
À l’opposé de ces foyers de tension, Inongo, chef-lieu du Maï-Ndombe, présente à la mi-journée le visage d’une ville ordinaire.
Aucun rassemblement significatif de militants de la C64 n’y est observé. La circulation demeure normale sur les boulevards Mobutu, Jack’s et Ngobila ainsi que sur l’avenue Mission.
Les commerces fonctionnent, le marché est animé et les services publics ont ouvert leurs portes.
Aucun dispositif policier exceptionnel n’est non plus signalé sur les principaux axes de la ville.
Une mobilisation à géométrie variable
À 13h, le premier enseignement de cette journée est donc celui d’une mobilisation nationale à géométrie variable.
À Kinshasa, la C64 est parvenue à mettre en mouvement ses premiers cortèges dans le cadre d’un itinéraire négocié avec les autorités.
Dans plusieurs grandes villes, en revanche, les interdictions administratives ou les dispositifs sécuritaires ont empêché la marche de prendre sa forme annoncée.
La situation confirme ainsi le caractère particulièrement sensible de ce rendez-vous politique, organisé le jour même de la rentrée parlementaire. La C64 entend interpeller les élus sur le projet de changement constitutionnel ; les autorités, elles, insistent sur le maintien de l’ordre public et la protection des institutions.
La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) avait appelé, à la veille de la manifestation, les organisateurs, les autorités et la population à faire preuve de responsabilité et à préserver le caractère pacifique de la mobilisation.
À Kinshasa, le véritable test de la journée reste désormais le boulevard Triomphal, où les différents cortèges doivent converger. L’enjeu, pour les organisateurs comme pour les autorités, sera de savoir si cette convergence peut se dérouler sans affrontements, alors que plusieurs provinces ont déjà été marquées par des arrestations et des incidents.
Jusqu’à 13h, le mot d’ordre de la C64 est donc bel et bien visible dans la capitale, mais son déploiement à l’échelle nationale apparaît fortement contrarié par les interdictions et les dispositifs sécuritaires mis en place dans plusieurs centres urbains.
Congo Guardian (Avec confrères)

