Trois bateaux, une capacité cumulée annoncée de 6 700 tonnes et un corridor navigable d’environ 105 kilomètres : la rivière Inkisi ouvre une nouvelle voie au transport de marchandises et de produits agricoles dans le territoire de Madimba, au Kongo Central.

La Première ministre Judith Suminwa Tuluka a procédé vendredi au lancement de cette activité de transport cargo fluvial, portée par des entrepreneurs congolais avec l’appui du gouvernement et de la Banque mondiale, dans le cadre du projet TRANSFORME.
L’initiative vise à faciliter l’évacuation de la production agricole, à réduire les difficultés logistiques liées à la dégradation de la route nationale n° 16 et à renforcer les échanges entre les bassins de production, les centres de transformation et les marchés de consommation. Elle marque une nouvelle étape dans l’exploitation économique de la rivière Inkisi, jusqu’ici principalement utilisée pour la production d’électricité et d’eau potable.
Près de 60 PME réunies autour du transport fluvial

Au cœur du projet, une stratégie de mutualisation des moyens : près de 60 PME, dont 57 lauréates du Concours de plans d’affaires COPA TRANSFORME, se sont regroupées en groupement d’intérêt économique (GIE) pour investir dans le transport fluvial.
Selon le professeur Val Masamba, initiateur du groupement, cette démarche doit permettre aux entrepreneurs congolais de gagner en capacité opérationnelle et en compétitivité. La mise en service de trois bateaux de grande capacité doit notamment offrir aux agriculteurs locaux une solution pour acheminer leurs récoltes vers les principaux débouchés commerciaux.
Le président du conseil d’administration du GIE estime que le projet génère déjà près de 500 emplois directs et indirects.
La prochaine phase prévoit la construction de 15 quais, d’entrepôts et d’autres infrastructures nécessaires à la structuration de cette chaîne logistique.
Un corridor reliant les transports fluvial, ferroviaire et routier
Pour le gouvernement, la réussite du projet dépendra aussi des investissements publics dans les infrastructures d’accompagnement. Le vice-Premier ministre chargé de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a souligné la nécessité d’assurer le dragage de la rivière, son balisage, la construction de quais d’accostage et la réhabilitation des routes permettant d’y accéder.
Le site retenu présente un intérêt logistique particulier : il se trouve, selon les autorités, à environ 830 mètres de la gare d’Inkisi et à moins de 300 mètres de la route nationale n° 1. Cette proximité pourrait faciliter l’articulation entre les transports fluvial, ferroviaire et routier.
Le gouvernement entend ainsi faire de la rivière Inkisi un axe de dynamisation économique pour Madimba et Mbanza-Ngungu, tout en améliorant les connexions entre les zones rurales et les centres de consommation.
L’entrepreneuriat au service du développement local
Lors de la cérémonie, Judith Suminwa a présenté le projet comme une initiative dépassant la simple mise en service de bateaux. Il s’agit, selon elle, de reconnecter les territoires, de désenclaver les communautés et de replacer l’économie productive au cœur du développement national, conformément au troisième pilier du Programme d’actions du gouvernement 2024-2028.
Avec une capacité cumulée annoncée de 6 700 tonnes sur un corridor navigable d’environ 105 kilomètres entre Kilemfu et Mbaka, le dispositif doit ouvrir de nouvelles perspectives dans l’agriculture, la transformation des produits locaux, la logistique et les services connexes. Navigation, manutention, maintenance, stockage et commercialisation pourraient également bénéficier de l’activité.
Le ministre de l’Entrepreneuriat et du Développement des PME, Justin Kalumba Mwana-Ngongo, a salué l’engagement du gouvernement en faveur de l’initiative privée.
Le chef de l’État, Félix Tshisekedi, a, pour sa part, mis en garde contre les pressions fiscales excessives qui pourraient fragiliser cette nouvelle structure économique.
Le lancement du transport cargo sur l’Inkisi constitue désormais une première étape opérationnelle. La consolidation de ses retombées dépendra de la mise en place des infrastructures annoncées, de la fiabilité du service et de sa capacité à offrir aux producteurs locaux une solution durable et compétitive pour acheminer leurs marchandises vers les marchés.

