Aéroport de Beni-Mavivi : le pari du Gouverneur Évariste Somo Kakule de bâtir le Nord-Kivu malgré la guerre

Dans une province où le fracas des armes continue de peser lourdement sur les perspectives économiques, le chantier de l’aéroport de Beni-Mavivi apparaît comme une autre manière de résister : construire, aménager et préparer l’avenir, même lorsque le présent impose l’urgence sécuritaire.

Sous l’impulsion du gouverneur militaire du Nord-Kivu, le Général-Major Évariste Somo Kakule, les travaux de modernisation de cette infrastructure stratégique se poursuivent avec les moyens disponibles. Au programme : la construction d’une nouvelle aérogare et la réhabilitation de la piste d’atterrissage.

Un pari qui, dans le contexte actuel, pouvait sembler téméraire. Mais pour l’exécutif provincial, la guerre ne saurait constituer une raison suffisante pour mettre entre parenthèses le développement.

Développer malgré le front

Au Nord-Kivu, l’équation est particulièrement complexe : comment investir dans les infrastructures alors que les ressources publiques sont fortement contraintes par les exigences de la sécurité et que l’activité économique demeure affectée par le conflit ?

Le gouverneur Évariste Somo Kakule semble avoir choisi une réponse pragmatique : avancer avec les moyens du bord, en mobilisant les acteurs disponibles et en donnant la priorité aux infrastructures susceptibles de soutenir durablement l’économie locale.

Dans cette stratégie, Beni-Mavivi occupe une place particulière. L’aéroport constitue en effet un maillon essentiel de la connectivité de Beni et de l’ensemble de la région. Son amélioration doit permettre de renforcer les échanges, de faciliter la mobilité des personnes et des marchandises et, à terme, de contribuer au désenclavement économique du Nord-Kivu.

La décision de poursuivre sa modernisation en pleine période de crise traduit ainsi une conviction : sécurité et développement ne doivent pas être considérés comme deux agendas successifs, mais comme deux impératifs qui doivent progresser simultanément.

Le témoignage de Chafi Musitu

Cette approche reçoit le soutien d’une partie de la classe politique provinciale. Dans une récente intervention télévisée, le député provincial Chafi Musitu a livré un témoignage sur les motivations qui auraient présidé au lancement de plusieurs chantiers à Beni et Butembo.

Selon lui, dès sa prise de fonctions, le gouverneur avait clairement défendu l’idée que la guerre ne devait pas condamner la province à l’immobilisme. « Quand Eva [le gouverneur] récupère la province, a-t-il dit, bien sûr nous sommes en guerre, mais nous devons quand même faire du développement. »

L’élu provincial affirme avoir participé à des réunions au cours desquelles le gouverneur insistait notamment sur la nécessité d’investir dans les infrastructures de Beni et de Butembo, deux pôles économiques majeurs du Nord-Kivu. « Il disait : “Non, nous devons construire telle ou telle infrastructure à Butembo, à Beni, parce que ces villes nous apportent beaucoup d’argent et finissent par être négligées.” »

Pour Chafi Musitu, cette orientation relevait d’un véritable volontarisme politique. « Il a été vraiment courageux et ambitieux », a-t-il estimé.»

Quand le secteur privé met la main à la poche

L’un des aspects les plus sensibles de ces chantiers demeure toutefois leur financement. Le député provincial reconnaît que l’exécutif provincial ne disposait pas nécessairement des ressources financières suffisantes pour engager et achever simultanément l’ensemble des infrastructures projetées. Mais, selon son témoignage, cette contrainte n’aurait pas empêché le lancement des travaux.

« Malheureusement, le gouverneur n’avait pas de moyens. […] Il commence sans avoir de finances, mais il avait de l’ambition, et c’est quelque chose qu’il faut encourager ! », témoigne l’élu qui ajoute que dans ce contexte, des opérateurs économiques locaux auraient accepté d’engager leurs propres ressources pour accompagner certains travaux, créant de fait une forme de partenariat de circonstance entre l’administration provinciale et le secteur privé.

Une situation qui, de l’avis de Chafi Musitu, a généré une dette de la province envers certains de ces opérateurs.

Mais face aux accusations de malversations qui ont entouré le financement de ces différents chantiers, l’élu provincial se veut catégorique : « Non, il n’y a aucun détournement. Non, non, non ! »

Une prise de position qui vient alimenter le débat sur la nécessité de concilier, dans une province en guerre, l’urgence du développement avec les exigences de transparence et de bonne gouvernance.

Beni-Mavivi, plus qu’un chantier

Au-delà du béton, de la piste et de la nouvelle aérogare, le chantier de Beni-Mavivi porte donc une ambition plus large : maintenir ouverte la perspective d’un développement économique régional malgré la crise. L’aéroport peut, à ce titre, devenir un instrument de désenclavement et un levier de relance lorsque les conditions sécuritaires permettront une intensification des échanges.

C’est précisément ce qui donne à ces travaux leur dimension stratégique. Construire aujourd’hui, c’est aussi préparer l’après-guerre.

Dans un Nord-Kivu meurtri par les affrontements, la modernisation de Beni-Mavivi entend ainsi envoyer un signal différent : le front peut ralentir le développement, mais il ne doit pas nécessairement l’annuler.

Le chantier reste confronté aux contraintes financières et sécuritaires qui caractérisent la province, certes. Mais sa poursuite témoigne d’une volonté de ne pas laisser la guerre confisquer l’avenir.

À Beni-Mavivi, la piste se réhabilite, l’aérogare se construit et, derrière les ouvrages, se dessine une ambition : faire en sorte que le Nord-Kivu soit prêt à redécoller lorsque la paix reviendra.

JEK

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