Le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda, a réuni à Kinshasa l’Union européenne, l’Agence française de développement (AFD), la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque africaine de développement (BAD) autour du projet de réhabilitation du corridor Zongo–Boyabo–Gemena–Akula–Lisala, un axe appelé à renforcer les échanges dans le nord-ouest de la République démocratique du Congo.
La rencontre a porté sur l’état des études disponibles, les prochaines étapes techniques ainsi que la mobilisation des financements nécessaires à la concrétisation du projet. Elle intervient alors que le gouvernement cherche à accélérer la mise à niveau de plusieurs corridors routiers susceptibles de mieux connecter les bassins de production aux grands axes fluviaux et aux marchés régionaux.

Un corridor entre la RCA, le Grand Équateur et le fleuve Congo
Le projet s’appuie sur un axe routier historiquement stratégique reliant Zongo, à la frontière avec la République centrafricaine, à Gemena et au port d’Akula, avant de se prolonger vers Lisala, dans la province de la Mongala.
Les études réalisées dans le cadre de précédents programmes d’infrastructures avaient déjà identifié le potentiel de cet itinéraire. Un projet étudié sous le programme Pro-Routes portait notamment sur environ 385 kilomètres, comprenant le tronçon Akula–Gemena–Libenge de la RN6 et l’axe Boyabo–Zongo de la RN23.
L’intérêt du corridor dépasse donc la seule question routière. Zongo se trouve face à Bangui, de l’autre côté de l’Oubangui, tandis qu’Akula constitue un point de connexion avec le réseau fluvial. Les études techniques antérieures décrivent ainsi l’itinéraire comme une liaison entre le port d’Akula, situé sur la Mongala, et Zongo, sur l’Oubangui, ouvrant l’accès à la partie centrale de l’ancien espace de l’Équateur.
Cette configuration donne au projet une dimension multimodale : la route peut permettre d’acheminer les productions agricoles et les marchandises vers les ports fluviaux, puis vers le réseau du fleuve Congo et les principaux centres de consommation.
Un enjeu économique pour le Sud-Ubangi et la Mongala
L’enjeu est particulièrement important pour le Sud-Ubangi, où l’état du réseau routier a longtemps constitué un frein aux échanges. Des sources locales ont déjà documenté les difficultés rencontrées par les transporteurs sur l’axe Gemena–Akula–Zongo, avec des conséquences directes sur l’évacuation des produits agricoles et sur les prix des marchandises.
La réhabilitation du corridor pourrait ainsi réduire les coûts et les délais de transport, faciliter l’accès des producteurs aux marchés et renforcer le rôle d’Akula comme plateforme d’évacuation des marchandises.
Elle pourrait également donner une nouvelle profondeur économique à Zongo, ville frontalière située en face de Bangui.
L’axe présente en outre un intérêt pour l’intégration régionale. La jonction entre le réseau routier congolais et la capitale centrafricaine ouvre potentiellement un itinéraire supplémentaire pour les échanges entre les deux pays.
Des études à la mobilisation des financements
La réunion de Kinshasa intervient à une étape où la question centrale est désormais de transformer les études et les intentions de financement en un montage opérationnel.
Les partenaires ont notamment examiné les études techniques, économiques et environnementales disponibles ainsi que les prochaines étapes devant conduire à la préparation et au lancement des procédures de passation des marchés.
Le schéma envisagé associe plusieurs instruments financiers : subventions, financements concessionnels et contrepartie congolaise.
La présence simultanée de l’UE, de l’AFD, de la BEI et de la BAD traduit l’importance accordée à ce corridor et la volonté de rechercher une combinaison de financements adaptée à l’ampleur des travaux.
La réunion a donc permi de clarifier les responsabilités, d’identifier les éventuels points de blocage et de rapprocher le projet de sa phase opérationnelle.
Un projet qui renoue avec une longue histoire
Le corridor n’est pas une nouvelle découverte infrastructurelle. Des études détaillées avaient déjà été réalisées dans les années 2010 pour la réhabilitation et l’aménagement de l’axe Zongo–Libenge–Gemena–Akula. L’objectif était notamment de garantir une circulation en toutes saisons et d’améliorer les conditions de transport sur cet itinéraire.
Mais les difficultés d’entretien et la dégradation progressive de certains tronçons ont régulièrement remis en question la continuité du trafic. En juillet 2024, l’effondrement du pont Bita, à environ 35 kilomètres de Gemena, avait par exemple interrompu la circulation sur une partie de l’axe Gemena–Akula et conduit les autorités provinciales à demander des interventions urgentes.
Le défi du nouveau projet sera donc autant de réhabiliter que de pérenniser l’infrastructure.
La qualité des ouvrages de drainage, des ponts et des dispositifs d’entretien sera déterminante dans une région fortement exposée aux pluies et aux franchissements de cours d’eau.
Vers un corridor économique et multimodal
Pour le ministère des ITP, l’intérêt du projet réside finalement dans sa capacité à dépasser la logique d’une simple route.
Une liaison praticable entre Zongo, Gemena, Akula et Lisala permettrait de rapprocher plusieurs espaces économiques : les zones agricoles du Sud-Ubangi, les marchés de Gemena, les plateformes fluviales d’Akula et de Lisala et, au-delà, le réseau du fleuve Congo.
La réunion présidée par John Banza Lunda constitue ainsi une étape de cadrage. L’enjeu est désormais de convertir les études existantes en un projet financé, programmé et exécutable, avec un calendrier précis pour les études complémentaires, la mobilisation des ressources et les appels d’offres.
Pour un Grand Équateur longtemps pénalisé par l’enclavement, la réhabilitation de cet axe pourrait constituer davantage qu’un chantier routier : un instrument de réduction des coûts logistiques, de stimulation des échanges agricoles et de rapprochement économique avec la République centrafricaine.

