Renvoi en RDC des ex-FDLR rapatriés au Rwanda : Kigali plonge à nouveau dans le dilatoire pour se dérober du processus de paix

Par Jonas Eugène Kota

Le renvoi en République démocratique du Congo (RDC) de trente-neuf personnes par les autorités rwandaises, annoncé cette semaine et dont la MONUSCO a affirmé n’avoir été ni informée ni associée, relance les interrogations sur la place qu’occupe encore le dossier des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) dans les relations tumultueuses entre Kigali et Kinshasa. Il suscite également de nouvelles interrogations sur les intentions réelles de paix dans le chef des autorités de Kigali.

Dans un communiqué publié ce 30 juillet, la Mission des Nations unies a précisé que ces personnes avaient pourtant été rapatriées auparavant au Rwanda dans le cadre de son programme de Désarmement, démobilisation, rapatriement, réintégration et réinstallation (DDRRR). Elle a également rappelé qu’avant tout rapatriement, un processus de vérification est conduit avec les autorités rwandaises, lesquelles disposent du dernier mot avant l’admission des personnes concernées sur leur territoire.

En effet, les personnes reconnues éligibles après les vérifications d’usage sont ensuite inscrites sur une liste transmise à la Commission rwandaise de démobilisation et de réintégration (RDRC), chargée de l’examen et de l’approbation finale avant leur départ de la RDC.

Cette séquence intervient à un moment particulièrement sensible, soit après l’expiration de l’échéance du 15 juillet fixée dans le cadre du processus de Washington, qui prévoyait des engagements parallèles de la RDC et du Rwanda. Alors que Kinshasa affirme avoir engagé un protocole avec les éléments résiduels des FDLR en vue de leur rapatriement, aucune annonce officielle n’a encore été faite par Kigali concernant la levée des mesures de sécurité qu’il justifie par la présence des FDLR dans l’est de la RDC.

Au contraire, dans cette même période, Paul Kagame a dénoncé cet accord de paix comme étant favorable à la RDC contre le Rwanda, et a dit ne plus rien en attendre. Il est même allé plus loin pour lier le sort de son pays à celui du M23 qui sert justement de couverture aux RDF présentes sur le sol congolais.

Les autorités rwandaises soutiennent depuis des années que les FDLR constituent une menace pour leur sécurité nationale et invoquent cet argument pour expliquer leurs préoccupations sécuritaires. De leur côté, des responsables congolais et plusieurs analystes démontrent que la capacité opérationnelle du mouvement s’est fortement érodée au fil des opérations militaires, des rapatriements successifs et des programmes DDRRR.

Les contradictions stratégiques de Kigali autour du fond de commerce FDLR

Sur le même sujet, dans un passé très récent, soit quelques semaines seulement avant la reprise des activités du M23 par la prise de Bunagana, des responsables rwandais avaient eux-mêmes salué les progrès enregistrés dans la réduction des effectifs du groupe, qualifié désormais de « force résiduelle ».

Cette lecture nourrit aujourd’hui une autre évidence : celle selon laquelle le maintien de la question FDLR au cœur du différend entre les deux pays dépasserait désormais la seule dimension militaire. En effet, la persistance du dossier servirait davantage de levier diplomatique et politique que de réponse à une menace sécuritaire immédiate.

L’on rappelle, en effet, que plusieurs initiatives ont tenté, depuis plus de vingt ans, de transformer la question FDLR en processus politique. C’est le cas notamment de la déclaration de Rome de mars 2005, obtenue sous la médiation de la Communauté de Sant’Egidio et avec l’implication de l’ancien ministre congolais de la Coopération régionale, Mbusa Nyamwisi.

À l’époque, les FDLR avaient annoncé renoncer à la lutte armée et à l’idéologie génocidaire, en exprimant leur volonté de rentrer au Rwanda pour participer à la vie politique par des moyens pacifiques. L’initiative avait été saluée par le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, mais Kigali l’avait rejetée, estimant qu’il ne pouvait être question de négocier avec des personnes accusées d’avoir participé au génocide de 1994.

Le régime FPR de Kagame ne veut pas d’un débat interne sur les fractures politiques et historiques internes au Rwanda

Cet épisode, et tant d’autres, illustre une constante : chaque fois qu’une solution politique paraît envisageable, elle se heurte à un refus de principe des autorités rwandaises. Il en découle que la résolution définitive du dossier FDLR ouvrirait inévitablement un débat plus large sur les fractures politiques et historiques internes au Rwanda, une perspective que Kigali rejette.

Les autorités rwandaises contestent régulièrement cette interprétation. Elles soutiennent que les FDLR demeurent une organisation composée, entre autres, de personnes impliquées dans le génocide des Tutsi de 1994 et qu’aucune solution durable ne peut passer par une reconnaissance politique de ce mouvement, cela après avoir reconnu, par voie diplomatique et par les moyens de ses propres renseignements, que ces forces ne représentaient plus une menace existentielle.

Stratagème rwandais de blocage du processus de Washington

Le renvoi des 39 personnes alimente également des interrogations sur le fonctionnement du mécanisme de rapatriement. Des spécialistes s’étonnent que des personnes préalablement admises au Rwanda après validation des procédures aient été ensuite refoulées sans que la MONUSCO, pourtant au cœur du dispositif DDRRR, n’ait été associée aux vérifications. Ils relèvent également que Kigali n’a pas précisé à quelle vague de rapatriement appartenaient ces personnes, ce qui pourrait compliquer les vérifications administratives et biométriques.

Par le passé, en effet, Kigali retournait à son compte des ex-FDLR rapatriés pour les renvoyer en RDC, particulièrement au Sud Kivu, avec pour mission de s’attaquer aux Banyamulenge afin d’alimenter cet autre narratif de péril de cette communauté tutsie. L’objectif, là aussi, restait le même : justifier la présence rwandaise en RDC.

Des patrouilles onusiennes parvenaient à appréhender ces cas grâce aux empruntes biométriques.

Au-delà de cet épisode, la question centrale demeure celle de l’avenir du processus de paix. Les prochaines semaines devraient permettre d’évaluer si les engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques récentes se traduiront par des mesures concrètes de part et d’autre de la frontière ou si le dossier FDLR continuera d’alimenter les divergences entre Kinshasa et Kigali.

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