Magistrature : Firmin Mvonde révoqué par la rumeur, est-ce le karma de l’opinion ?

Le grand gagnant du dernier réaménagement de la magistrature n’était ni au Palais de la Nation, ni au Conseil supérieur de la magistrature. Il était sur WhatsApp. À peine les premières ordonnances présidentielles annoncées, le téléphone congolais avait déjà signé ses propres ordonnances : untel promu, tel autre muté… et Firmin Mvonde, carrément révoqué avant même la lecture officielle.

Le verdict populaire est tombé avec une célérité que la justice elle-même pourrait lui envier. Dans la République numérique, il ne faut plus attendre le Journal officiel : un statut Facebook, un vocal convaincu ou une capture d’écran approximative suffisent désormais à redistribuer les fonctions de l’État.

Pourquoi une telle facilité à croire à son départ ? Sans doute parce que le procureur général traîne derrière lui un parcours qui a régulièrement alimenté les débats. Déjà révoqué sous M’zee Laurent-Désiré Kabila avant de retrouver les sommets de la magistrature sous Félix Tshisekedi, il est devenu, au fil des années, l’un des magistrats les plus commentés du pays.

L’opinion n’a jamais oublié les polémiques publiques autour d’une enquête annoncée sur l’acquisition présumée d’un bien immobilier en Belgique, les controverses suscitées par la communication du parquet dans le dossier de la mort de Chérubin Okende, ou encore les critiques ayant accompagné certains dossiers politico-financiers très médiatisés.

Dans plusieurs de ces affaires, le parquet a défendu ses positions, tandis que ses détracteurs y voyaient des décisions contestables.

Le plus ironique reste peut-être l’épisode Rawbank-Alingete. Une interdiction de sortie du territoire est annoncée, puis rapidement levée avec la précision qu’il s’agissait d’une mesure conservatoire et que la présomption d’innocence demeurait entière.

Pour les uns, la justice suivait son cours ; pour les autres, le dossier avait déjà effectué un spectaculaire demi-tour.

Ainsi, lorsque son nom a commencé à circuler parmi les supposés « révoqués », beaucoup n’ont pas demandé de confirmation. Ils ont simplement considéré que l’histoire était crédible. Comme si, dans l’imaginaire collectif, certaines controverses finissaient par fabriquer leur propre vérité.

Mais la rumeur possède un défaut majeur : elle n’a ni greffe, ni sceau, ni signature présidentielle. Elle condamne, acquitte, nomme et révoque selon la vitesse de la connexion Internet plutôt que selon les procédures de la République.

Au fond, l’épisode rappelle une leçon simple : lorsqu’une personnalité publique accumule les controverses, vraies ou supposées, elle finit par devenir prisonnière de sa réputation. Le jour où une fausse nouvelle paraît plausible, ce n’est plus seulement la rumeur qui est jugée crédible ; c’est le passé qui lui sert de témoin.

Firmin Mvonde n’a donc pas été révoqué par ordonnance. Mais, pendant quelques heures, il l’a été par le tribunal le plus expéditif du pays : celui de l’opinion publique.

Et dans ce prétoire-là, les appels sont rares, les délais inexistants et les notifications arrivent toujours avant les décisions officielles… avant que, finalement, le temps ne vienne prononcer le non-lieu.

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