Débat sur les minerais critiques au Conseil de sécurité : la RDC propose une doctrine et six principes pour des ressources naturelles au service de la paix

La République démocratique du Congo ne veut plus être le symbole de la « malédiction des ressources ». Depuis la tribune du Conseil de sécurité des Nations unies, qu’elle préside ce mois de juillet, Kinshasa a entrepris d’imprimer un changement de paradigme en proposant l’élaboration d’une nouvelle doctrine internationale destinée à faire des ressources naturelles un instrument de prévention des conflits plutôt qu’un facteur de guerre.

Porté par la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, le message du président Félix Tshisekedi dépasse largement le seul cas congolais. Il invite la communauté internationale à revoir en profondeur la manière dont elle appréhende la gouvernance des minerais critiques, devenus indispensables à la transition énergétique, à la révolution numérique et à la sécurité économique mondiale.

« La République démocratique du Congo plaide pour l’émergence d’une nouvelle doctrine internationale qui place la gouvernance des ressources naturelles au cœur de l’agenda de la paix et de la sécurité », affirme le chef de l’État dans cette déclaration qui constitue le fil conducteur de cette initiative diplomatique.

Faire de la gouvernance des ressources naturelles un pilier de la sécurité mondiale

Pour Kinshasa, les conflits contemporains ne peuvent plus être analysés uniquement sous l’angle militaire ou politique. La mauvaise gouvernance des ressources naturelles est désormais identifiée comme l’une des causes structurelles de l’instabilité internationale. « Les ressources naturelles ne sont pas de simples marchandises. Elles sont des enjeux de souveraineté, des leviers de développement et des biens de responsabilité dont dépend la stabilité de nos États comme l’avenir de nos sociétés », clame encore le chef de l’État congolais par la bouche de Kayikwamba.

Six principes d’une doctrine pour transformer les minerais en vecteurs de paix

Cette doctrine repose sur six principes destinés à transformer les ressources minières en fondements d’une paix durable.

Le premier consacre le respect effectif de la souveraineté permanente des États sur leurs ressources naturelles. Pour la RDC, aucun peuple ne devrait voir ses richesses exploitées au bénéfice de groupes armés, de réseaux criminels ou d’intérêts échappant à son contrôle.

Le deuxième principe érige la transparence des chaînes d’approvisionnement en responsabilité partagée entre États producteurs, pays de transit, entreprises, investisseurs et consommateurs afin de garantir l’origine licite des minerais stratégiques.

Troisième pilier : le renforcement des mécanismes de traçabilité, de certification, de diligence raisonnable et de redevabilité, présenté comme un moyen de protéger les communautés locales tout en responsabilisant l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur.

La quatrième orientation vise la lutte contre l’impunité économique. « Ceux qui financent les conflits par l’exploitation illégale des ressources naturelles doivent répondre de leurs actes. Tant que les économies de prédation demeureront plus rentables que le respect du droit, la paix restera fragile », avertit le président Tshisekedi.

Cinquième principe : la promotion de partenariats justes et mutuellement bénéfiques. La RDC revendique une relation plus équilibrée avec les partenaires internationaux. « Les pays producteurs ne demandent ni faveur ni charité ; ils demandent l’équité, le respect et des partenariats qui créent de la valeur, favorisent l’industrialisation et améliorent durablement les conditions de vie des populations », insiste Tshisekedi.

Enfin, le sixième principe défend l’ancrage local de cette gouvernance. Les communautés vivant dans les zones d’exploitation doivent être protégées, associées aux décisions et bénéficier directement des retombées économiques. Faute de quoi, prévient le chef de l’État, « une ressource qui enrichit le monde mais appauvrit la communauté qui l’abrite devient, tôt ou tard, une source de frustration, de contestation et d’instabilité ».

La RDC se positionne comme un « pays-solution » pour le XXIᵉ siècle

À travers cette initiative, Kinshasa cherche également à redéfinir sa place sur l’échiquier mondial. « La République démocratique du Congo est un pays-solution », affirme le président, mettant en avant le rôle du pays dans la transition énergétique grâce à ses minerais critiques, dans la lutte contre le changement climatique avec le Bassin du Congo, mais aussi dans la sécurité hydrique, énergétique, alimentaire et l’industrialisation du continent africain.

Pour autant, cette ambition demeure conditionnée par le retour d’une paix durable dans l’est du pays. « Pour que la République démocratique du Congo joue pleinement ce rôle, elle doit être en paix. Et pour que cette paix soit durable, il faut tarir les sources économiques de la guerre », rappelle le message présidentiel.

Et afin de donner une traduction institutionnelle à cette vision, la RDC propose la création d’un Groupe des Amis de la gouvernance des ressources naturelles, réunissant États, Nations unies, organisations régionales, institutions financières internationales, pays producteurs et consommateurs, secteur privé responsable et société civile. Cette plateforme serait chargée de promouvoir le dialogue, de partager les bonnes pratiques et de mieux intégrer les enjeux liés aux ressources naturelles dans les mécanismes internationaux de prévention des conflits.

En conclusion de son adresse, Félix Tshisekedi lance un appel à un changement de doctrine qui dépasse les intérêts nationaux. « Les ressources naturelles ne doivent plus être les frontières de nos rivalités. Elles doivent devenir les fondations de notre sécurité collective. »

Une formule qui résume l’ambition congolaise : faire des minerais critiques non plus le carburant des guerres, mais le socle d’un nouvel ordre international fondé sur la paix, la coopération et une prospérité mieux partagée.

Jonas Eugène Kota

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