Le Gouvernement congolais passe à l’offensive pour récupérer les créances impayées du Fonds de Promotion de l’Industrie (FPI). Réunie vendredi sous la présidence de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, la Commission spéciale du recouvrement forcé a lancé une nouvelle étape dans le traitement d’un dossier qui porte sur près de 350 millions de dollars américains de créances en souffrance, considérées comme un frein majeur à la politique d’industrialisation de la République démocratique du Congo.
La réunion, organisée à l’immeuble du Gouvernement, intervient dans le prolongement des orientations données lors du Conseil des ministres du 10 avril dernier, au cours duquel le président Félix Tshisekedi avait élevé ce dossier au rang de priorité nationale. Pour l’Exécutif, le rétablissement des capacités financières du FPI constitue une condition indispensable pour financer de nouveaux projets industriels et soutenir la création d’emplois.

Selon le ministre de l’Entrepreneuriat et du Développement des petites et moyennes entreprises, Justin Kalumba, les créances accumulées au fil des années privent le FPI des ressources nécessaires à l’accomplissement de sa mission.« Il n’est pas normal que des personnes qui ont reçu de l’argent de l’État ne le rendent pas alors qu’elles se sont engagées à le faire. C’est pour ça que nous disons qu’il faut absolument aider le FPI à recouvrer cet argent-là pour que nous puissions le réinvestir dans l’industrialisation du pays », a-t-il déclaré.
Pour le Gouvernement, l’enjeu dépasse le simple recouvrement financier. Les fonds immobilisés devaient initialement servir à financer des projets productifs destinés à renforcer le tissu industriel national. Leur non-remboursement limite la capacité du FPI à accompagner de nouvelles entreprises, à financer des infrastructures industrielles et à soutenir la transformation locale des matières premières.
Justin Kalumba a rappelé que la stratégie économique de l’Exécutif repose sur une industrialisation capable de créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national. « Nous ne devons pas nous limiter à la commercialisation des produits bruts ou des matières premières. Il faut absolument apporter une plus-value sur nos matières premières. Il faut les transformer localement. La question de l’industrialisation devient donc cruciale. On ne peut pas industrialiser le pays rien qu’en allant demander de l’argent auprès de la Banque mondiale. Il faut compter sur nos ressources nationales et internes », a-t-il souligné.
Au cours de la réunion, Judith Suminwa Tuluka a donné des orientations visant à accélérer le traitement des dossiers. Le Gouvernement prévoit notamment une cartographie détaillée des débiteurs afin de distinguer les différentes catégories de créances et d’adapter les procédures de recouvrement à chaque situation. « Ce n’est que le début des travaux… Nous allons d’abord catégoriser toutes ces créances qui sont en souffrance. L’ordre du jour aujourd’hui, c’est que ceux qui doivent payer doivent s’exécuter… Nous allons rencontrer ces personnes pour voir comment nous allons finalement recouvrer l’argent de l’État », a expliqué le ministre.
Certaines créances remontent à près de vingt ans, illustrant, selon lui, la persistance de situations d’insolvabilité qui ont durablement affaibli les capacités d’intervention du FPI. Le Gouvernement entend désormais mobiliser l’ensemble des instruments juridiques et administratifs nécessaires afin qu’aucune créance ne demeure sans suite.

Cette démarche s’inscrit dans les principes de bonne gouvernance défendus par l’Exécutif et dans les objectifs du Programme d’actions du Gouvernement 2024-2028, qui fait de l’industrialisation, de la mobilisation des ressources internes et de la création d’emplois des priorités de son action.
La réunion a rassemblé plusieurs hauts responsables de l’État, notamment le Premier président de la Cour de cassation, les ministres du Budget, de l’Entrepreneuriat et Développement des petites et moyennes entreprises, des Affaires foncières et du Portefeuille, ainsi que les responsables de l’Inspection générale des finances (IGF), du Conseil national de cybersécurité (CNC), de l’Agence nationale de renseignements (ANR), de la Direction générale de migration (DGM), le Conseiller spécial du Chef de l’État en matière de sécurité et le Comité de gestion du FPI.
C.G

