Tshuapa profonde : à Bokungu, Mukoko Samba esquisse les contours d’un futur programme de continuité territoriale et boucle sa mission

Au terme de quatre jours de mission dans la province, le Vice-Premier ministre de l’Économie nationale plaide pour une reconnexion des territoires enclavés aux grands circuits économiques nationaux.

Au quatrième et dernier jour de sa mission économique dans la province de la Tshuapa, le Vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a poursuivi mardi ses visites de terrain à Bokungu avant de regagner Boende, d’où il doit rejoindre Kinshasa.

Une ultime étape qui a permis d’affiner le diagnostic établi au cours de cette immersion dans l’une des régions les plus enclavées de la République démocratique du Congo.

Après avoir parcouru les territoires de Boende, Monkoto et Bokungu, inspecté des infrastructures économiques, échangé avec les autorités locales, les opérateurs économiques et les communautés, le ministre estime désormais que la principale urgence n’est pas seulement de réhabiliter des équipements isolés, mais de reconstruire un véritable système de continuité territoriale capable de reconnecter durablement ces espaces à l’économie nationale.

Quand l’informel remplace l’État logistique

Les dernières visites effectuées à Bokungu ont notamment permis de mesurer l’impact direct du ralentissement de l’activité économique sur les conditions de vie des populations.

Sécurité alimentaire fragilisée, baisse des revenus des ménages, difficultés d’accès aux services sociaux de base : les conséquences de l’enclavement se manifestent bien au-delà des seuls indicateurs économiques.

Au fil des échanges dans plusieurs « nganda », points de commerce et ports privés de la localité, un constat s’est imposé avec évidence : face aux défaillances des infrastructures publiques, les acteurs locaux ont progressivement développé leurs propres mécanismes de circulation des marchandises et des personnes.

Cette réalité est apparue de manière particulièrement frappante lors d’un entretien avec Sylvain Mongai, propriétaire d’une baleinière rencontré au port d’Esambo. Comme de nombreux opérateurs privés présents sur les réseaux fluviaux du bassin central congolais, il participe aujourd’hui à assurer une fonction logistique devenue essentielle dans des territoires où les infrastructures publiques ne répondent plus à la demande.

À défaut d’un système structuré de transport, l’économie locale s’appuie ainsi sur une multitude d’initiatives privées qui permettent tant bien que mal d’assurer la circulation des biens entre les villages, les centres de production et les marchés.

Repenser la connexion entre les territoires

Pour Daniel Mukoko Samba, les constats recueillis au cours de cette mission dépassent largement le cadre de la seule Tshuapa.

Ils renvoient à une problématique nationale qui concerne une grande partie du Congo profond.

Des corridors économiques majeurs tels que Kinshasa–Mbandaka–Boende–Monkoto–Bokungu–Ikela ou encore Kinshasa–Kwamouth–Mushie–Ilebo–Bena Dibele–Lusambo continuent de souffrir de ruptures logistiques qui freinent les échanges, augmentent les coûts de transport et réduisent la compétitivité des producteurs locaux.

Or, ces axes ont historiquement constitué les artères économiques grâce auxquelles les produits agricoles, forestiers et commerciaux des provinces de l’intérieur rejoignaient les grands centres de consommation.

Leur affaiblissement progressif a contribué à l’isolement économique de nombreux territoires pourtant dotés d’importantes ressources naturelles et agricoles.

L’ambition du ministère de l’Économie nationale est désormais de remettre cette question au cœur des politiques publiques.

Vers un programme national de continuité territoriale

Au terme de sa mission, le Vice-Premier ministre plaide pour la mise en place progressive d’un véritable programme national de continuité territoriale.

L’objectif serait de réduire durablement les coûts logistiques qui pèsent sur les provinces enclavées, d’améliorer la circulation des personnes et des marchandises et de réintégrer pleinement ces territoires dans les dynamiques économiques nationales.

Une telle approche impliquerait une coordination entre plusieurs secteurs : infrastructures routières, transport fluvial, énergie, télécommunications, agriculture et développement territorial.

Elle s’inscrit dans le prolongement des constats déjà formulés quelques jours plus tôt dans le Sankuru voisin, où le ministre avait souligné que le principal obstacle au développement n’était pas l’absence de ressources, mais le coût exorbitant de leur connexion aux marchés.

De l’évaluation à l’action

Après quatre jours passés dans la Tshuapa et une semaine auparavant dans le Sankuru, Daniel Mukoko Samba estime disposer désormais d’une vision plus précise des contraintes qui freinent l’essor économique du centre du pays.

Le temps du diagnostic touche désormais à sa fin.bSelon le VPM, les prochaines semaines seront consacrées à la préparation de projets à impact rapide ainsi qu’à la définition d’un programme plus ambitieux de désenclavement économique, élaboré en concertation avec les ministères et institutions concernés.

À travers cette série de missions de terrain inédites, le gouvernement cherche à replacer les réalités du Congo profond au centre des réflexions sur la croissance nationale.

Car de Boende à Bokungu, de Monkoto à Ikela, le constat demeure le même : les ressources existent, les producteurs sont présents, les opportunités sont nombreuses. Ce qui manque encore, ce sont les connexions capables de transformer ce potentiel en développement durable.

La mission s’achève, mais pour le ministère de l’Économie nationale, le véritable travail commence maintenant.

JEK

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