Sur la scène feutrée mais décisive des Réunions de printemps de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la République démocratique du Congo avance ses pions. Et cette fois, c’est autour d’une ressource aussi vitale que stratégique : l’eau.
Invitée à la conférence « Water Forward: Driving Jobs and Opportunities », la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka a porté une vision ambitieuse : faire de l’immense richesse hydrique du pays un moteur de croissance, d’emplois et de transformation économique.
L’eau, nouveau front de la bataille du développement
Dans un monde confronté à des tensions croissantes sur les ressources naturelles, l’eau s’impose comme un enjeu central du XXIe siècle. À Washington, Ajay Banga a donné le ton en fixant un cap clair : garantir la sécurité hydrique à un milliard de personnes d’ici 2030.
Mais au-delà des ambitions globales, c’est une nouvelle méthode qui se dessine : une plateforme de coordination entre États, bailleurs et secteur privé, alignée sur des plans nationaux concrets. Plusieurs pays, de l’Afrique à l’Amérique latine, ont déjà embarqué dans cette dynamique.
La RDC, puissance hydrique en devenirFace à cette assemblée internationale, Judith Suminwa Tuluka n’a pas esquivé ses responsabilités. Elle les a revendiquées.
« Parler de l’eau aujourd’hui, ce n’est pas seulement parler de développement. C’est parler d’avenir », a-t-elle lancé, dans une intervention au ton résolument stratégique.
Avec plus de 50 % des réserves d’eau douce du continent africain, la RDC apparaît comme un acteur clé des équilibres futurs. Mais pour la Cheffe du Gouvernement, le défi n’est plus celui du potentiel — il est celui de la transformation.
« Notre responsabilité est claire : transformer ce potentiel en progrès tangible », a-t-elle insisté.
Un pari à 20 milliards de dollars
Au cœur de cette ambition, un chantier colossal : le Pacte présidentiel pour l’eau. Objectif affiché : porter l’accès à l’eau potable à 60 % d’ici 2035, grâce à un programme d’investissement estimé à 20 milliards de dollars.
Un projet aux implications multiples : santé publique, urbanisation, productivité économique, mais aussi création massive d’emplois.
Première illustration concrète de cette stratégie : le projet « Kin Elenda », à Kinshasa, qui devrait améliorer l’accès à l’eau pour près de trois millions de personnes. Un levier direct sur la dignité humaine, mais aussi sur la performance économique de la capitale.
Eau et énergie : le duo stratégique
Là où le discours congolais se distingue, c’est dans son approche intégrée. Pour Judith Suminwa, l’eau ne peut être pensée isolément. Elle s’inscrit dans une équation plus large : celle de l’énergie.
« L’eau et l’énergie dessinent ensemble les économies de demain », a-t-elle affirmé, en évoquant notamment le projet Grand Inga, symbole des ambitions continentales en matière d’électricité et d’intégration économique.
Dans cette vision, la RDC ne se contente plus d’être un réservoir de ressources. Elle aspire à devenir un acteur structurant des chaînes de valeur mondiales.
Une diplomatie économique offensive
Cette intervention s’inscrit dans une stratégie plus large : celle d’une RDC qui entend peser dans les grandes orientations économiques internationales. À Washington, la Première Ministre multiplie les rencontres, affine ses alliances et positionne son pays comme un partenaire crédible.Le message est clair : Kinshasa ne veut plus subir les dynamiques globales, mais y participer activement — et en tirer profit.En conclusion, Judith Suminwa Tuluka a résumé cette ambition en une formule sans détour :« La République démocratique du Congo est prête. »Une déclaration qui sonne comme une promesse… mais aussi comme un défi lancé à la communauté internationale.

