Parc des Virunga : l’ACDIP de Jonas Mumbere propose une redéfinition « consensuelle » des limites pour mettre fin à deux décennies de tensions

Le débat sur la gestion du Parc national des Virunga (PNVi) refait surface avec acuité. Dans un mémo adressé à la ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du Climat, le parti politique Alliance des Congolais pour la Défense des Intérêts du Peuple (ACDIP) appelle à une redéfinition « consensuelle » des limites du parc, afin de mettre un terme à plus de vingt ans de conflits entre l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) et les communautés locales. Signé par son président national, Jonas Mumbere Kisalu wa Kasimba, le document plaide pour une action urgente du gouvernement.

Selon l’ACDIP, la persistance des tensions trouve ses racines dans la création du parc en 1925, sous l’administration coloniale, sans prise en compte des droits coutumiers des populations riveraines. Le parti dénonce une « dépossession historique » ayant contraint les communautés à abandonner leurs terres ancestrales sans compensation ni cadre juridique équitable.

Une pression démographique explosive

Près d’un siècle plus tard, la pression démographique et le manque de terres cultivables exacerbent les tensions. De nombreuses communautés franchissent les limites du parc pour subvenir à leurs besoins, s’exposant à des confrontations régulières avec les éco-gardes de l’ICCN.

Le mémo évoque plusieurs incidents récents jugés révélateurs de l’urgence de la situation.

À Mayangose, dans le territoire de Beni, la destruction de plus de 20 hectares de cultures en septembre 2025 aurait provoqué une révolte paysanne.

À Kasindi, des populations vivant sur des terres contestées seraient privées d’accès à l’eau et à l’électricité, les poussant à exploiter les ressources forestières du parc au risque d’affrontements.

À Kididiwe, des tirs auraient fait des blessés parmi des agriculteurs, renforçant la méfiance envers les autorités de conservation.

Ces cas ne sont que des illustrations parmi tant d’autres, symptomatiques de la paix troublée autour du parc des Virunga.

Un terreau pour l’insécurité

Au-delà des tensions sociales, l’ACDIP met en garde contre les conséquences sécuritaires de cette situation. Le parti estime que l’absence de solution durable favorise l’exploitation illicite des ressources naturelles par des groupes armés, qui trouvent dans le parc un refuge stratégique, contribuant ainsi à l’instabilité persistante dans la région.

Six pistes pour sortir de la crise

Pour rompre avec ce cycle de violences, l’ACDIP propose une série de réformes structurantes. Au cœur de ces recommandations figure la redéfinition des limites du parc, dans un cadre inclusif tenant compte des réalités démographiques et des attentes des populations locales.

Le parti préconise également :

  • la mise en place de moyens de subsistance alternatifs, notamment à travers le développement de l’agriculture hors du parc, de projets d’élevage et de pêche, ainsi que l’accès à une énergie abordable ;
  • un partage équitable des revenus issus du tourisme et de l’exploitation énergétique, afin de financer des infrastructures sociales de base ;
  • une gestion inclusive, intégrant les chefs coutumiers et les leaders locaux dans les processus décisionnels ;
  • le renforcement du respect des droits humains, notamment par la formation des éco-gardes ;
  • et la sécurisation des zones périphériques, pour limiter l’influence des groupes armés.

Vers une décision au sommet de l’État

Dans sa conclusion, l’ACDIP insiste sur la nécessité d’inscrire toute nouvelle délimitation dans un cadre institutionnel fort. Le parti recommande que les futures limites du parc soient validées par le Parlement et entérinées par ordonnance présidentielle.

« La délimitation ne sera pas seulement un exercice cartographique, mais un impératif pour la fin d’un conflit vieux de plus de 20 ans », affirme Jonas Mumbere Kisalu wa Kasimba.

Signe de l’importance stratégique du dossier, la note a également été transmise pour information au Président de la République, à la Première ministre ainsi qu’au Gouverneur militaire du Nord-Kivu. Une démarche qui traduit la volonté de porter ce débat sensible au plus haut niveau de l’État, à l’heure où la conciliation entre conservation de la biodiversité et droits des populations locales s’impose comme l’un des défis majeurs de la gouvernance environnementale en RDC.

JDW

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