Depuis quelques semaines, un vocabulaire inédit circule sur les réseaux sociaux, en particulier sur X (ex-Twitter), dans les milieux rwandais et pro-rwandais. Il s’agit de la distinction artificielle entre un supposé « Congo oriental » et un « Congo occidental ». Derrière ce jargon, se cache une rhétorique lourde de menaces pour l’unité et la souveraineté de la République Démocratique du Congo (RDC).
Une nouvelle phase d’un vieux projet
Ce discours survient dans un contexte marqué par l’occupation persistante de larges portions du Nord-Kivu et du Sud-Kivu par le M23, avec l’appui avéré du Rwanda. Alors que Kinshasa continue de défendre son autorité sur l’ensemble du territoire congolais, les faits sur le terrain montrent une volonté de mise en place d’un appareil parallèle de gouvernance :
- Durée prolongée de l’occupation des villes stratégiques de Goma et de Bukavu, contrairement aux occupations brèves observées lors des rébellions du RCD, du CNDP ou du premier M23.
- Mise en place d’une administration parallèle, avec des nominations de magistrats, défiant ouvertement la souveraineté congolaise.
- Introduction d’une banque de droit rwandaise, une démarche qui viole le principe de juridiction internationale et nie l’autorité légitime de Kinshasa.
- Formation d’une armée et d’une police locales, consolidant l’idée d’un « État dans l’État ».
- Préparation du retour massif de “réfugiés” congolais du Rwanda, alors que les observateurs savent qu’une grande partie de ces populations est en réalité rwandaise. Kigali s’était déjà opposé, dans le cadre du DDRRR, à toute identification préalable de ces soi-disant réfugiés.
- Redéploiement progressif des troupes M23/RDF, confirmant la volonté d’élargir leur emprise territoriale.
Pour la première fois depuis deux décennies de guerres d’agression et de rébellions téléguidées, le discours de la partition du Congo prend une forme explicite. Ce n’est plus seulement l’occupation militaire, mais la construction d’un imaginaire politique destiné à justifier une séparation de facto.
Une stratégie du fait accompli
Le scénario paraît clair : introduire progressivement des militaires et magistrats rwandais dans les structures congolaises, sous couvert de brassage ou d’intégration. Ces derniers, une fois installés, refuseraient des affectations ailleurs qu’au Kivu. Le jour venu, une confrontation pourrait éclater sans même que Kigali n’ait à franchir la frontière : un « Congo oriental » serait proclamé sur base de structures locales déjà mises en place.
L’objectif ? Obtenir un découpage territorial de fait, qui placerait cette partie riche en minerais stratégiques sous influence rwandaise, pendant que Kinshasa continuerait de contrôler l’Ouest du pays.
Un discours qui s’enracine sur les réseaux
Les posts ironiques et provocateurs de certains internautes pro-rwandais présentent désormais Kinshasa comme le « Congo occidental », dirigé par un « fou », et le Kivu occupé comme le « Congo oriental » en quête de sa propre autonomie. Ces narratifs, diffusés massivement, visent à préparer les esprits à accepter l’inacceptable : la fragmentation du Congo.
Un danger minimisé par la communauté internationale
Alors que cette stratégie s’affiche sans masque, les réactions des facilitateurs et des partenaires internationaux restent timides, voire complaisantes. L’inaction face aux avancées du M23/RDF et l’absence de condamnations fermes laissent penser que le Rwanda cherche à imposer un nouvel ordre par la durée et la normalisation du fait accompli.
Conclusion : vigilance et unité
Ce discours de « Congo oriental » contre « Congo occidental » ne doit pas être banalisé. Il matérialise le vieux plan de balkanisation qui, longtemps, fut nié ou relativisé. Aujourd’hui, il se concrétise sous nos yeux. Plus que jamais, la vigilance s’impose, et la communauté internationale doit sortir de son silence. Sinon, la RDC risque de se réveiller demain face à une réalité irréversible, fabriquée dans l’ombre et légitimée par l’indifférence.
JDW

