Le Président de la République Démocratique du Congo (RDC), Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a effectué ce jeudi un déplacement éclair à Pretoria, où il s’est longuement entretenu avec son homologue sud-africain Cyril Matamela Ramaphosa au palais présidentiel de Mahlamba Ndlopfu. Pendant plus de deux heures, les deux dirigeants ont échangé autour de dossiers jugés « stratégiques » par leurs entourages respectifs, sans qu’aucune déclaration publique ne soit faite à l’issue de ce déjeuner de travail.
Depuis l’accession de Félix Tshisekedi à la magistrature suprême en 2019, les relations entre Kinshasa et l’Afrique australe, en particulier avec l’Afrique du Sud, n’ont plus été au même niveau qu’auparavant. Les autorités congolaises ont longtemps considéré que plusieurs pays de la SADC restaient trop attachés à l’ancien Président Joseph Kabila, dont l’alliance avec Tshisekedi a rapidement volé en éclats après les élections de 2019.
Le pouvoir de Kinshasa s’était alors tourné vers l’Afrique de l’Est, avant de connaître une grande désillusion dans ses rapports avec Kigali et, dans une certaine mesure, Nairobi.
Dans ce contexte, la visite du Chef de l’État congolais en Afrique du Sud revêt une portée particulière. Elle intervient au lendemain d’une vive controverse née de la réunion organisée à Johannesburg par la Fondation Thabo Mbeki sur la paix en RDC.
Le gouvernement congolais avait vigoureusement refusé de prendre part à cette initiative, allant jusqu’à la désavouer publiquement, notamment en raison de la proximité de l’ancien président sud-africain avec Joseph Kabila et de ses positions divergentes sur le processus de paix en RDC. Pretoria, sensible à cette réaction, avait d’ailleurs marqué sa réserve en refusant de délivrer des visas à certains opposants congolais invités à ladite réunion.
Sur le plan diplomatique, le voyage de Tshisekedi est perçu comme une étape de mobilisation des alliés régionaux avant les grands rendez-vous internationaux. À New York, la 88ᵉ Assemblée générale des Nations unies s’ouvrira dans les prochains jours, en marge de laquelle se tiendra également une réunion extraordinaire du Conseil paix et sécurité de l’Union africaine. Ces échéances s’annoncent cruciales pour Kinshasa, d’autant plus que la RDC s’apprête à occuper, pour la première fois depuis plusieurs décennies, un siège au Conseil de sécurité des Nations unies.
Selon des sources proches des deux présidences, le séjour de Pretoria s’inscrit dans le cadre du renforcement de la coopération stratégique entre Kinshasa et Pretoria dans les domaines politique, économique, diplomatique et sécuritaire. Une relance de partenariat qui, pour les observateurs, traduit une volonté claire du Président Tshisekedi de consolider son ancrage régional avant d’affronter les débats internationaux où la question de la paix et de la sécurité dans l’Est de la RDC occupera une place centrale.
Albert Osako

