À Kinshasa, le parfum du détournement flotte sur les bureaux de deux ministres. D’un côté, Didier Budimbu, ministre des Hydrocarbures, empêtré dans le contrat controversé de sponsoring de Lonaco avec l’AS Monaco. De l’autre, Constant Mutamba, ministre honoraire de la Justice, rattrapé par le sulfureux marché de construction d’une prison à Kisangani. Deux affaires distinctes, mais un même modus operandi qui interroge sur la banalisation du gré à gré illégal dans la gestion des finances publiques congolaises.
Budimbu : près de 5 millions d’euros pour Monaco
Mélancolique sur les marches du Palais de justice à Kinshasa/Gombe, un magistrat branché sur l’actualité ne mâche pas ses mots : « Didier Budimbu nage dans les mêmes eaux de détournement que Constant Mutamba ». En effet, l’affaire Budimbu choque par son extravagance : un contrat de près de 5 millions d’euros, conclu de gré à gré avec l’AS Monaco, au nom de Lonaco, alors que la loi congolaise interdit tout marché de gré à gré dépassant 50.000 USD, sauf dérogation expresse de la Direction générale des marchés publics.
Problème : aucune dérogation ni avis de non-objection n’ont été produits. Le ministre invoque un “accord du Conseil des ministres”. Mais juridiquement, cet argument est creux : le Conseil des ministres n’est pas une institution ou un service public pour être doté d’un budget propre. L’opacité est totale, selon les plaignants qui ont saisi la justice française par le truchement de leur avocat, Me Hervé Diakiese : de quelle ligne budgétaire sont sortis ces 4,8 millions d’euros ? Qui a ordonnancé le paiement ?
Mutamba : une prison bâtie sur du sable
Ce dossier ressemble étrangement au cas de Constant Mutamba qui vient de connaître un épilogue judiciaire. En 2024, l’ancien ministre de la Justice avait déclenché la polémique avec le marché de construction d’une prison à Kisangani, attribué également en gré à gré, pour un montant dépassant largement les plafonds légaux.
Là aussi, le prétexte était le “feu vert” du Conseil des ministres.
Là aussi, la traçabilité des fonds s’est révélée trouble. Et là encore, les observateurs neutres avaient dénoncé une opération de détournement maquillée en urgence d’État.
Un système bien huilé ?
Ces similitudes ne doivent rien au hasard. Elles révèlent un mécanisme désormais courant dans les cercles institutionnels de la République :
- Usage abusif du gré à gré au mépris de la loi congolaise.
- Invocation systématique du Conseil des ministres comme caution politique, alors que cette instance n’a aucune compétence budgétaire.
- Montants astronomiques sans traçabilité claire, avec des ordonnancements obscurs.
- Absence de transparence dans les lignes budgétaires, ouvrant la voie à une gestion parallèle des fonds publics.
Vers une impunité programmée ?
À Kinshasa, certains observateurs y voient la consolidation d’une pratique qui vide de sens les mécanismes de contrôle budgétaire et ridiculise la loi sur les marchés publics. Et pendant que Budimbu et Mutamba invoquent chacun la couverture du Conseil des ministres, une question persiste : combien d’autres marchés publics ont été conclus dans la même opacité, au détriment d’un pays en crise permanente de ressources ?
Le dossier reste ouvert
JDW

