RDC-Rwanda : Washington pousse pour un accord minier, malgré les réserves du Congrès et la poursuite des affrontements

Les États-Unis ont ouvert, jeudi, une nouvelle phase des négociations autour de l’accord de paix signé en juin 2025 entre Kinshasa et Kigali. Alors que les combats reprennent dans l’Est de la RDC, Washington mise sur la diplomatie économique pour sauver un processus déjà fragilisé. Une table ronde organisée par SAFE (Securing America’s Future Energy) a réuni des délégations congolaises et rwandaises ainsi que des investisseurs américains, avec pour ambition de transformer les minerais stratégiques de la région des Grands Lacs en moteur de prospérité plutôt qu’en facteur de conflits.

La Securing America’s Future Energy (SAFE) est un think tank et groupe de pression américain basé à Washington, spécialisé dans les questions de sécurité énergétique, d’innovation technologique et de transition vers des énergies propres. Son objectif principal est de réduire la dépendance des États-Unis aux importations de pétrole et de sécuriser l’accès aux ressources stratégiques, notamment les minéraux critiques nécessaires aux technologies de pointe (batteries, véhicules électriques, défense, etc.).

« La réussite du cadre d’intégration économique régionale dépend de la mise en œuvre effective de l’accord de paix et de l’engagement total de toutes les parties », a insisté Jonathan Pratt, haut responsable du Bureau des affaires africaines, en présentant la vision du président Donald Trump d’une paix durable soutenue par les capitaux américains.

Le Congrès américain vent debout contre l’opacité des négociations

Cette offensive diplomatique se heurte cependant à une fronde croissante à Washington. Cinquante-deux élus démocrates, représentant environ un quart du caucus démocrate à la Chambre des représentants, ont adressé une lettre au président Trump, dénonçant des négociations « conduites dans l’opacité » et sans consultation du Congrès.

Linda Sánchez, figure influente de la commission de surveillance du commerce extérieur, dénonce « un processus précipité, mené sans contrôle démocratique, qui pourrait aboutir à des accords miniers opaques au détriment de la transparence et des droits humains ». Alexandria Ocasio-Cortez, star progressiste du parti, enfonce le clou : « Les États-Unis ne peuvent pas se permettre de soutenir des projets qui exacerbent les conflits et enrichissent des réseaux opaques, au lieu de favoriser une paix durable dans la région des Grands Lacs. »

Au centre des soupçons : Gentry Beach, homme d’affaires texan et proche de Donald Trump, accusé par ces élus de chercher à s’accaparer les droits d’exploitation de la mine stratégique de coltan de Rubaya (Nord-Kivu). Des accords de principe, dont certains avec KoBold Metals, seraient déjà en préparation, avant même toute ratification officielle par Félix Tshisekedi et Paul Kagame.

Paix de Doha et Washington en péril

Ces tractations économiques surviennent dans un contexte sécuritaire explosif. L’Est de la RDC connaît une flambée de violences, rendant caducs les engagements pris à Doha et Washington. Vendredi dernier, le Conseil de sécurité des Nations unies s’est réuni en urgence, à l’initiative des États-Unis, pour tenter de sauver ces processus diplomatiques. À l’issue de cette réunion, les membres du Conseil ont appelé à une cessation immédiate des hostilités, au retrait des groupes armés étrangers, et au respect scrupuleux des engagements pris lors des pourparlers de juin, tout en exhortant Kigali et Kinshasa à « coopérer pleinement » pour rétablir la stabilité dans la région des Grands Lacs.

Malgré cela, plusieurs rapports internationaux, y compris américains, accusent directement le Rwanda de soutenir des groupes armés dans l’Est de la RDC, fragilisant l’accord signé en juin et alimentant la méfiance de Kinshasa.

Entre pressions diplomatiques, intérêts économiques colossaux et escalade militaire, Washington tente de maintenir le cap. Mais les discussions sur les minerais stratégiques apparaissent désormais comme une épreuve de force où s’entremêlent enjeux géopolitiques et réalités de terrain.

JEK

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