Le Directeur général de DHL, Cheikh MBACKE, a été reçu ce mardi par le ministre des Postes et Télécommunications, José Mpanda Kabangu, auprès de qui il a sollicité l’application du protocole d’accord signé en 2017 avec la Société congolaise des Postes et Télécommunications (SCPT), un partenariat stratégique resté largement lettre morte. Il a aussi plaidé pour la régulation du secteur postal en RDC.
L’accord dont question prévoit que la SCPT expédie ses colis via les avions de DHL et devienne, en retour, distributrice officielle des colis DHL dans les zones où l’entreprise internationale n’est pas implantée. Ce partenariat visait à créer une synergie entre le réseau logistique mondial de DHL et l’ancrage territorial de la poste congolaise.
« La poste n’est pas notre concurrente mais plutôt un partenaire. Nous ne sommes pas dans la compétition mais dans la complémentarité », a déclaré Cheikh MBACKE. Pour lui, ce partenariat est une opportunité de renforcer le maillage postal du pays.
Coup de gueule contre le secteur informel
Le DG de DHL a profité de son audience pour alerter sur la prolifération d’opérateurs informels dans la distribution de colis, qu’il accuse de fausser la concurrence. Il a plaidé auprès du ministre pour une régularisation urgente de ce segment non encadré, devenu incontournable dans les grandes villes et les zones reculées.
Une SCPT en quête de modernisation
Sous tutelle du ministère des Postes et Télécommunications, la SCPT tente depuis plusieurs années de se moderniser. En 2022, un contrat-programme et un cahier des charges avaient été signés avec l’État pour relancer l’opérateur public. La société a lancé un vaste plan d’intensification : réouverture des bureaux dans les 145 territoires, digitalisation des services, lancement de la plateforme Postemarket, développement du service Poste relais et des solutions monétiques via Postefinances.
Ces initiatives visent à repositionner la SCPT face à une concurrence privée dynamique et à répondre à la demande croissante en services de livraison.
Un marché postal éclaté et dominé par les privés
Malgré ces efforts, le marché postal congolais reste très fragmenté. On y compte 16 opérateurs en 2022 : un seul public, onze privés agréés et environ cinq opérateurs informels. Ces derniers, difficilement contrôlables, captent une large part du marché.
En 2021, le chiffre d’affaires du secteur postal atteignait 15,3 milliards de francs congolais, mais il a chuté drastiquement l’année suivante, révélant un secteur fragile et sous-régulé. La SCPT ne représente que 10 % du marché, avec une couverture limitée à un bureau de poste pour près de 65 000 habitants.
Pour les observateurs, la régulation du secteur est devenue une urgence nationale si la RDC veut disposer d’un service postal fiable et compétitif.
Mpanda, nouveau ministre face à un défi stratégique
José Mpanda, nommé ministre des Postes et Télécommunications le 7 août dernier, a déjà annoncé une série de priorités : réhabilitation des infrastructures, règlement des arriérés internationaux, digitalisation des services et retour du siège de l’Union africaine des télécommunications à Kinshasa.
La rencontre avec DHL pourrait être le premier signal fort de cette nouvelle ère. Sa mise en œuvre pourrait transformer l’accord de 2017 en un levier de modernisation pour le secteur postal congolais.
JDW

