Est de la RDC-Rapport Amnesty : des récits glaçants d’atrocités, alors que la paix s’enlise et que les combats reprennent

Le dernier rapport d’Amnesty International jette une lumière crue sur la réalité insoutenable vécue par les civils de l’est de la République démocratique du Congo. À travers plus de 50 témoignages de survivants, proches de victimes, défenseurs des droits humains et soignants, l’organisation documente une vague d’atrocités : viols collectifs, exécutions sommaires, tortures, disparitions forcées et attaques d’hôpitaux.

Ironie de la situation, le rapport couvre une période allant de janvier à mai 2025, moment où les négociations de paix entre Kinshasa et le M23, amorcées à Doha, semblaient ouvrir une fenêtre d’espoir.

Violées, humiliées, traumatisées

Les récits recueillis par Amnesty sont insoutenables.
À Bukavu, Béatrice* raconte avoir été violée par cinq combattants du M23 dans un camp militaire : « Quand je vois quelqu’un en tenue militaire, je suis traumatisée. Depuis ce jour-là, je ne sors plus. Quand je les vois, ça me fait mal au cœur. J’ai comme des palpitations. »
Dans le territoire de Rutshuru, une autre femme a été attachée entre deux arbres et violée par six combattants Wazalendo. Elle n’a eu que la force de dire : « Qu’ils soient punis pour qu’ils ne puissent pas faire la même chose à quelqu’un d’autre. »
À Bukavu encore, une femme enceinte a subi un viol par deux soldats FARDC en février 2025, au moment où l’armée battait en retraite. Sa fille de 14 ans a voulu intervenir. L’un des soldats l’a menacée : « Si elle ne retourne pas dans la chambre, je vais la tuer. »

Au total, Amnesty a recensé 14 survivantes de violences sexuelles : huit violées par des combattants du M23, cinq par des miliciens Wazalendo, et une par des soldats des FARDC. Les assaillants, souvent en uniforme, usaient d’un même mode opératoire : intimidation, menaces de mort, viols collectifs, humiliations. L’un des groupes Nyatura, affilié aux Wazalendo, a même déclaré à une victime : « Toutes les femmes qui viennent dans le champ, nous les violerons toujours. »

Exécutions et disparitions forcées

Les atrocités ne s’arrêtent pas aux violences sexuelles. Amnesty a documenté cinq exécutions sommaires attribuées au M23, dont celles d’un père et son fils dans le Sud-Kivu, égorgés en mai 2025, et de trois hommes exécutés à Goma.
La société civile est aussi prise pour cible. Journalistes, avocats et militants ont fait l’objet de disparitions forcées, d’arrestations arbitraires et de tortures. L’un d’eux décrit : « Ils m’ont vraiment roué de coups. Ils avaient des fouets. Ils m’ont frappé aux fesses, giflé sur les oreilles, ce qui m’a fait saigner du nez. »
En mai, Aloys Bigirumwami, militant du mouvement citoyen LUCHA, a été enlevé avec cinq autres personnes par des combattants du M23. Depuis, il n’a jamais été revu.

Les hôpitaux transformés en champs de bataille

Plus choquant encore, Amnesty accuse le M23 d’avoir attaqué à six reprises des hôpitaux de Goma. Des blessés, des patients et même des garde-malades y ont été enlevés. Dans certains cas, il s’agissait de soldats FARDC blessés, en convalescence ou cachés dans les établissements.
Pour l’ONG, ces attaques sont une violation flagrante du droit international humanitaire, qui protège les structures médicales et les personnes qui s’y trouvent.

La paix en panne, la guerre qui reprend

Le rapport couvre une période allant de janvier à mai 2025, moment où les négociations de paix entre Kinshasa et le M23, amorcées à Doha, semblaient ouvrir une fenêtre d’espoir. Une « déclaration de principes » avait été signée le 19 juillet au Qatar, dans le prolongement de l’accord de Washington du 27 juin entre la RDC et le Rwanda.
Mais, deux mois plus tard, ce processus est au point mort. Les discussions n’ont pas avancé et, pendant ce temps, les armes ont repris la parole. Depuis début août, de nouveaux affrontements secouent le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, avec un bilan déjà inquiétant en vies humaines et en déplacements de population.

L’appel d’Amnesty : « Il faut que le monde dise stop »

Pour Amnesty International, le constat est clair : toutes les parties au conflit — M23, Wazalendo, FARDC et Rwanda — portent une responsabilité directe dans les atrocités. « Le Rwanda et la RDC ne peuvent continuer à fuir leurs responsabilités », insiste Tigere Chagutah, directeur régional pour l’Afrique de l’Est.
L’organisation exhorte Félix Tshisekedi à honorer sa promesse de justice, à traduire en justice les combattants Wazalendo coupables de crimes et à démobiliser les autres. Elle appelle également le Rwanda à veiller à ce que ses troupes présentes en RDC respectent le droit humanitaire.
« Dans l’est de la RDC, les femmes ne sont en sécurité nulle part », résume Tigere Chagutah. « Il faut que le monde dise “stop”. »

Pendant ce temps, dans les camps de déplacés autour de Goma et Bukavu, des centaines de milliers de familles survivent dans la peur et la misère. Abandonnés, traumatisés, ils ne voient dans les promesses de paix qu’un mirage qui s’éloigne à mesure que les coups de feu reprennent.

JDW

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