Après la Commission de l’Union africaine, la Belgique condamne à son tour la création du Front pour la Refondation de la Nation (FRN), dirigé par l’ancien président congolais Joseph Kabila. Le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, juge « déplorable, incompréhensible et inacceptable » le choix de l’ancien chef de l’État de prendre la tête d’un mouvement politico-militaire qui entend accéder au pouvoir par les armes. Bruxelles réaffirme son soutien aux processus de Doha et de Washington et annonce des consultations avec ses partenaires internationaux pour examiner les réponses à apporter à cette nouvelle donne.
Le ton est ferme, les mots soigneusement choisis et le message sans équivoque. La Belgique ne cache pas son opposition au choix de Joseph Kabila de prendre la direction du Front pour la Refondation de la Nation (FRN), annoncé le 12 octobre dernier à Goma.
Devant la Commission des relations extérieures de la Chambre, mercredi 21 octobre, le chef de la diplomatie belge, Maxime Prévot, a exprimé une condamnation explicite de cette nouvelle configuration politico-militaire, qu’il considère comme une évolution particulièrement préoccupante pour la République démocratique du Congo.
« Il s’agit d’un développement très préoccupant que je condamne sans la moindre équivoque », a-t-il déclaré, avant de pointer directement la responsabilité de l’ancien président congolais.
Le jugement porté sur Joseph Kabila est d’autant plus sévère que le ministre belge rappelle l’expérience passée de celui qui a dirigé la RDC pendant près de dix-huit ans. « Que Joseph Kabila, un ancien chef d’État, qui a lui-même été confronté au ravage des rébellions armées, fasse le choix de prendre la tête d’un mouvement politico-militaire qui entend parvenir au pouvoir par les armes plutôt que par les voies démocratiques est à la fois déplorable, incompréhensible et inacceptable », martèle-t-il dans sa déclaration.
Difficile d’être plus explicite. Pour Bruxelles, l’ancien chef de l’État ne peut ignorer les conséquences des rébellions armées sur un pays qu’il a lui-même dirigé. En prenant la tête du FRN, il fait, selon Maxime Prévot, le choix d’une confrontation armée plutôt que celui de la compétition démocratique.
« Une voie profondément illégitime«
La condamnation belge dépasse la seule personne de Joseph Kabila. Elle vise le recours à la violence comme instrument d’action politique et la volonté d’accéder au pouvoir par la force.
« Nul ne peut prétendre agir ainsi dans l’intérêt de son peuple en recourant à la violence comme instrument d’action politique et en s’attaquant aux institutions de son propre pays », affirme Maxime Prévot. Et de trancher : « Cette voie est profondément illégitime. Elle ne conduit ni à la stabilité, ni à la paix, ni à la démocratie. »
Le ministre belge prévient également que les responsables qui choisissent cette voie devront en assumer les conséquences : « Celui qui l’emprunte devra en assumer pleinement la responsabilité. »
Cette mise en garde intervient dans un contexte où le FRN revendique la succession politique, diplomatique et militaire de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et du Mouvement du 23 mars (M23). La nouvelle structure entend ainsi reprendre les acquis et les engagements de la coalition antérieure, notamment ceux liés aux négociations de paix.
Pour la Belgique, cette recomposition ne saurait justifier le recours aux armes comme moyen de conquête du pouvoir. Le message adressé à Joseph Kabila est alors clair : la contestation politique ne peut se substituer aux voies démocratiques, et aucune ambition nationale ne saurait légitimer la violence contre les institutions.
Doha et Washington, malgré la lenteur des progrès
Face à cette évolution, Maxime Prévot réaffirme la ligne diplomatique de Bruxelles : pas d’issue militaire au conflit, mais une solution politique fondée sur le dialogue et la négociation.
« La Belgique a toujours défendu une approche fondée sur le dialogue et la recherche de solutions pacifiques, convaincue qu’il n’existe aucune solution militaire au conflit », rappelle-t-il.
Le chef de la diplomatie belge met par ailleurs en garde contre les conséquences humaines d’une nouvelle escalade : « Toute escalade armée ne ferait qu’aggraver les souffrances d’une population qui demeure la première victime de rivalités et d’ambitions qui la dépassent. » Et d’ajouter : « Cette violence insensée doit stopper. La Belgique exhorte dès lors toutes les parties à demeurer plus que jamais sur le chemin du dialogue et de la négociation. C’est la seule approche raisonnable et responsable. »
Bruxelles entend surtout préserver les processus diplomatiques déjà engagés, malgré leurs résultats encore limités. Maxime Prévot reconnaît sans détour la difficulté de la situation : « Malgré la situation sur le terrain et la lenteur des progrès des processus de Doha et de Washington, ils ont le mérite d’exister et d’offrir un cadre d’échange accepté par toutes les parties. »
Le ministre souligne que des réunions sont prévues en octobre et en novembre, et juge positif le déplacement récent des cofacilitateurs de l’Union africaine à Kinshasa, Goma et Kigali. Ces démarches, estime-t-il, constituent des occasions à préserver plutôt que des efforts à abandonner au moment où le conflit connaît une nouvelle recomposition.
« Dans d’autres situations de conflit, rappelons-le, ce cadre n’existe même pas », relève-t-il, avant de réaffirmer que la Belgique continuera à soutenir fermement les processus de Doha et de Washington et à plaider pour la mise en œuvre intégrale et de bonne foi des engagements qui y ont été pris.
Derrière cet appel se dessine un enjeu crucial : empêcher que la naissance du FRN ne fragilise davantage les négociations et ne serve de prélude à une intensification des opérations militaires. La continuité revendiquée par le mouvement avec l’AFC/M23 rend notamment incontournable la question du respect des engagements antérieurs.
L’Union africaine avait ouvert le bal
La Belgique est la deuxième instance internationale à réagir publiquement à la création du FRN, après la Commission de l’Union africaine, qui s’est exprimée le mardi 20 octobre. Dans son communiqué, le président de la Commission, Mahmoud Ali Youssouf, a rappelé l’attachement de l’organisation continentale aux principes qui condamnent les changements anticonstitutionnels de gouvernement, notamment la prise du pouvoir par la force et le renversement d’institutions démocratiquement établies.
Sans nommer expressément Joseph Kabila ni le FRN, le responsable de l’UA a appelé l’ensemble des acteurs politiques et des parties concernées à « privilégier exclusivement les moyens pacifiques », à faire preuve de retenue et à s’abstenir de toute initiative susceptible d’alimenter les tensions ou de compromettre les perspectives de dialogue et de réconciliation nationale.
La Commission a également insisté sur la nécessité de préserver les acquis des processus de Doha et de Washington, de faire respecter le cessez-le-feu et de garantir la protection des populations civiles. Elle a renouvelé son soutien à la médiation conduite par le président du Conseil de la République togolaise, Faure Essozimna Gnassingbé, avec l’appui du panel des facilitateurs de la Communauté d’Afrique de l’Est et de la Communauté de développement de l’Afrique australe.
JEK

