New York : Judith Suminwa achève une mission entre offensive diplomatique, bataille contre Ebola et quête d’investissements

De la tribune des Nations unies aux bureaux des grandes institutions financières, en passant par les réunions consacrées à Ebola et aux crises humanitaires, Judith Suminwa aura multiplié les fronts pendant son séjour à New York.

Mandatée par le Président Félix-Antoine Tshisekedi pour représenter la RDC à la 81ᵉ Assemblée générale de l’ONU, la Première Ministre a porté un message à plusieurs dimensions : défendre les intérêts sécuritaires du pays, plaider pour une réponse internationale plus efficace aux urgences et rechercher des financements pour les grands projets congolais.

La séquence diplomatique s’est d’abord jouée sur le terrain où Kinshasa entend obtenir des résultats : celui de la paix et du respect du droit international.

À la tribune de l’ONU, Judith Suminwa a placé la guerre dans l’Est au cœur de son intervention, réclamant l’application des décisions déjà prises par le Conseil de sécurité plutôt que l’adoption de nouvelles résolutions.

« Nous n’attendons pas de nouveaux textes pour remplacer ceux qui ont déjà été adoptés. Nous attendons leur exécution », a-t-elle lancé, en référence notamment à la résolution 2773. Elle a parallèlement défendu une réforme du multilatéralisme et une représentation accrue de l’Afrique au Conseil de sécurité.

Ebola, l’autre bataille de New York

La crise sanitaire a constitué le deuxième grand volet du déplacement. Réunion ministérielle du G20+, entretien avec la direction du CDC américain, échanges avec l’OMS, le PAM et d’autres partenaires : Judith Suminwa a cherché à maintenir Ebola au premier rang des priorités internationales.

À la réunion du G20+, elle a surtout déplacé le débat de la promesse vers l’exécution. Alors que 2,9 milliards de dollars ont été mobilisés pour la riposte, Kinshasa réclame désormais des décaissements rapides, une coordination plus étroite et une traçabilité des ressources.

« Que cette réunion transforme les engagements en décaissements, les décaissements en actions et les actions en vies sauvées », a-t-elle déclaré. La RDC, rappelle-t-elle, a déjà engagé 50 millions de dollars sur fonds propres, tandis que le Gouvernement estime à plus de 1,4 milliard de dollars les besoins supplémentaires pour renforcer surveillance, diagnostic, soins, protection des personnels de santé et action communautaire.

Avec la direction du CDC, la Première Ministre a également défendu une idée devenue récurrente dans son plaidoyer : l’aide internationale doit renforcer les capacités congolaises et mieux intégrer l’expertise accumulée par le pays dans la lutte contre Ebola. Une visioconférence réunissant experts américains et congolais doit notamment permettre de poursuivre les échanges sur la gestion de l’épidémie et la coordination de la riposte.

Des populations déplacées aux enjeux humanitaires

La Première Ministre a également utilisé la tribune onusienne pour rappeler l’ampleur de la crise humanitaire congolaise. Plus d’un million de Congolais sont réfugiés dans les pays voisins, tandis que six millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays. Parallèlement, la RDC accueille plus de 500.000 réfugiés.

À l’occasion des 75 ans de la Convention relative au statut des réfugiés, Judith Suminwa a insisté sur la vulnérabilité particulière des populations déplacées confrontées simultanément aux conséquences de la guerre et à l’épidémie d’Ebola. Elle a défendu une approche articulant humanitaire, développement et paix.

Du plaidoyer diplomatique à la recherche de capitaux

Mais le séjour new-yorkais ne s’est pas résumé aux dossiers diplomatiques et humanitaires.

La Première Ministre a également cherché à convertir la présence congolaise à New York en opportunités économiques.

Avec la Banque mondiale, les discussions ont notamment porté sur Inga et le corridor de Lobito, deux projets considérés comme structurants pour les infrastructures et la transformation économique du pays.

L’institution a réaffirmé son accompagnement dans les infrastructures, les réformes et le développement du secteur privé. Elle a également annoncé 175 millions de dollars déjà mobilisés pour la riposte contre Ebola et 80 millions supplémentaires envisagés.

Même logique avec Standard Bank, qui s’est dite disposée à mobiliser jusqu’à 1milliard de dollars pour plusieurs projets structurants en RDC, avec l’appui de la DFC américaine.

Le gouvernement cherche ainsi à élargir les sources de financement autour de projets dont la concrétisation reste déterminante pour l’énergie, les infrastructures et l’emploi.

Cette offensive économique avait été préparée dès l’arrivée de Judith Suminwa à New York, avec notamment une rencontre annoncée avec plus de 450 représentants d’entreprises américaines intéressés par les opportunités d’investissement en RDC, dans les mines, l’énergie, les infrastructures et le numérique.

Le projet Inga figurait au centre de cette démarche.

Une diplomatie qui veut des résultats

Au fil des rencontres avec le PNUD, l’UNFPA, le PAM, le CDC, la Banque mondiale et d’autres partenaires, un même fil conducteur s’est dégagé : transformer les engagements internationaux en résultats concrets pour la RDC.

Cela vaut pour les décisions de paix, dont Kinshasa réclame l’application ; pour les financements d’Ebola, dont elle demande la traçabilité ; pour les ressources destinées au développement, qu’elle veut convertir en infrastructures et en emplois ; mais aussi pour la coopération internationale, que le Gouvernement souhaite davantage aligner sur les priorités nationales.

À l’ONU, Judith Suminwa a par ailleurs défendu la transformation locale des minerais critiques, la protection du bassin du Congo et la mobilisation des financements nécessaires aux Objectifs de développement durable, dont les besoins congolais dépasseraient 70 milliards de dollars à l’horizon 2030.

La mission s’est finalement achevée autour du dîner offert par le président américain Donald Trump aux dirigeants présents à New York. Après plusieurs jours d’intense activité diplomatique, sanitaire et économique, le séjour laisse surtout apparaître une stratégie : faire de la présence de la RDC dans les grandes enceintes internationales non seulement un exercice de représentation, mais un instrument de défense de ses intérêts, de mobilisation de ressources et de recherche de résultats.

Jonas Eugène Kota

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