La deuxième édition de la Semaine nationale du climat (SENAC 2) s’est achevée ce vendredi 30 octobre au Centre culturel et artistique pour les pays d’Afrique centrale, à Kinshasa, au terme de cinq jours de travaux consacrés au marché carbone, à la valorisation du capital naturel et aux financements climatiques. La cérémonie a été présidée par le Vice-premier ministre en charge de l’économie nationale, Daniel Mukoko Samba, qui représentait personnellement le Chef de l’État empêché.
Les participants ont adopté une Déclaration de Kinshasa comportant 15 engagements, assortie de recommandations et d’une feuille de route destinée à traduire les conclusions des assises en actions concrètes.
Placée sous le thème « La RDC à l’ère des marchés carbone : souveraineté climatique, opportunités pour tous et prospérité partagée », cette édition a réuni des représentants des institutions publiques, des partenaires techniques et financiers, du secteur privé, des banques, des milieux scientifiques, de la société civile, des provinces, ainsi que des communautés locales et des peuples autochtones.
Dans son discours de clôture, la ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du climat, Marie Nyange Ndambo, a salué cinq jours de dialogue autour du patrimoine naturel et d’une économie verte, inclusive et prospère. Elle a rappelé que « la fin de la SENAC ne marque pas la fin du processus », soulignant ainsi la nécessité de passer des recommandations à leur mise en œuvre.
Quinze engagements pour encadrer le marché carbone
Au cœur des conclusions figure la volonté de construire un marché carbone congolais crédible, transparent et placé sous un leadership national clairement défini. La Déclaration de Kinshasa réaffirme la nécessité pour la RDC de maîtriser la gestion, la valorisation et la vente de son carbone, tout en renforçant ses capacités de négociation.
Les participants appellent à finaliser le cadre juridique et institutionnel du secteur, à clarifier les responsabilités des institutions et à consolider les mécanismes de régulation et de contrôle. Ils insistent également sur l’intégrité environnementale, sociale et comptable des projets, la fiabilité des données, la prévention du double comptage et la traçabilité des crédits carbone et des flux financiers.
Le registre national du carbone « Lumière » figure parmi les instruments à consolider pour assurer le suivi des projets et la transparence des opérations.
La Déclaration met aussi l’accent sur la protection des droits fonciers, coutumiers et communautaires. Elle reconnaît les communautés locales et les peuples autochtones comme des acteurs essentiels et préconise leur participation effective ainsi qu’un « partage juste et équitable des bénéfices ».
Forêts, minerais critiques et énergie propre au programme
Les travaux ont également porté sur les forêts, la biodiversité, les tourbières, le Couloir vert Kivu-Kinshasa, l’agriculture intelligente face au climat, les minerais critiques, l’énergie propre et l’industrie verte.
Le Couloir vert Kivu-Kinshasa est notamment présenté comme une opportunité de concilier conservation de la biodiversité, développement territorial, paix, électrification rurale et investissements verts.
La transformation locale des minerais critiques, particulièrement le cuivre et le cobalt, est retenue comme un levier d’industrialisation, de création d’emplois qualifiés et de souveraineté économique. Dans le domaine énergétique, les recommandations portent sur le développement des énergies renouvelables, le stockage, l’efficacité énergétique, la cuisson propre et la décarbonation de l’industrie.
La protection des tourbières, le développement de l’agroécologie et de l’agroforesterie, ainsi que le renforcement des systèmes de télédétection et de surveillance des écosystèmes figurent également parmi les priorités.
Une feuille de route sur 24 mois
Pour éviter que les conclusions de la SENAC 2 restent au stade des déclarations, les participants ont adopté une feuille de route organisée autour de plusieurs échéances.
Dans les six premiers mois, les priorités concernent la mise en place d’un cadre national de coordination, l’adoption d’une matrice des engagements, la clarification des responsabilités institutionnelles et l’accélération des mesures d’application du marché carbone.
Entre six et douze mois, il est prévu de constituer un portefeuille de projets carbone et verts susceptibles d’attirer les investisseurs, avec des mécanismes de garantie, de financement mixte et de réduction des risques. Cette période devra également permettre de renforcer les capacités nationales en matière de comptabilisation du carbone, de télédétection et de suivi des écosystèmes.
À l’horizon de 12 à 24 mois, les actions envisagées concernent notamment des projets pilotes industriels, la recherche et la formation, l’agroécologie, l’agroforesterie et la restauration des écosystèmes. Un tableau de bord annuel et une revue multipartite devront permettre d’évaluer les progrès accomplis.
Banques et partenaires financiers sollicités
La mobilisation des financements constitue un autre axe important des recommandations. Les banques, la Banque centrale, les institutions financières et les partenaires techniques et financiers sont appelés à soutenir davantage les projets carbone et verts, notamment au moyen de garanties, de subventions ciblées, de financements mixtes et de mécanismes de réduction des risques.
Le secteur privé est invité à développer des projets techniquement et financièrement viables. Les universités et centres de recherche sont, pour leur part, sollicités afin de renforcer les formations spécialisées et la recherche appliquée. La Déclaration appelle également à intensifier les transferts de technologies et les partenariats internationaux, dans le respect des priorités nationales.
La RDC attendue à la COP31 avec les conclusions de Kinshasa
La clôture de la SENAC 2 intervient à quelques jours de la COP31, prévue du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, en Turquie. Marie Nyange Ndambo a indiqué que la RDC entendait y porter la voix du bassin du Congo, défendre la justice climatique et plaider pour une reconnaissance équitable des efforts consentis dans la protection des écosystèmes.
La ministre a notamment insisté sur la nécessité de faire reconnaître que la protection des forêts du bassin du Congo bénéficie à l’humanité et doit donner lieu à des investissements à la hauteur de cette contribution. Dans le même sens, la Déclaration de Kinshasa appelle les partenaires internationaux à accroître les financements, l’assistance technique et les transferts de technologies, tout en respectant la maîtrise d’ouvrage nationale et les priorités du pays.
Au-delà des engagements adoptés, l’enjeu sera désormais leur traduction en résultats concrets : emplois verts, accès à l’énergie propre, investissements durables et amélioration des conditions de vie. La Déclaration entend ainsi faire de la SENAC un « processus continu de dialogue, de suivi et de redevabilité », afin que les recommandations se traduisent effectivement en décisions, en projets et en résultats mesurables.

