Dans une lecture à la fois habitée et magistrale, l’Ambassadeur itinérant du Chef de l’État, Antoine Ghonda Mangalibi, livre une interprétation saisissante d’un ouvrage congolais de témoignage carcéral, en le mettant en résonance directe avec l’un des plus grands classiques de la littérature mondiale : Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas.
Une comparaison audacieuse, mais assumée, qui transforme la lecture du livre Noël en prison, parcours d’un compagnon de Fabien Kalala Shambuyi en une méditation universelle sur l’injustice, la résilience et la quête de vérité.

Du château d’If aux prisons de Kinshasa : une même grammaire de l’injustice
Dès l’ouverture de sa lecture, Ghonda plante le décor avec une référence fondatrice : Edmond Dantès, jeune homme innocent jeté dans les ténèbres du château d’If, figure centrale du roman Le Comte de Monte-Cristo. Quatorze années d’enfermement, une vie suspendue, puis une métamorphose intérieure.
Pour l’ambassadeur, cette trajectoire littéraire n’est pas qu’une fiction romantique : elle devient une clé de lecture du réel africain contemporain. « Monte-Cristo n’est pas seulement une histoire de vengeance, mais une méditation sur l’injustice et la transformation de l’homme face à l’épreuve », résume-t-il, avant d’opérer le basculement vers le continent africain.
Un “Monte-Cristo africain”, mais sans fiction
Le parallèle devient plus saisissant encore lorsqu’il introduit l’ouvrage Noël en prison, parcours d’un compagnon, écrit par le Congolais Fabien Kalala Shambuyi, ancien chef de sécurité de feu Etienne Tshisekedi.
Ici, insiste-t-il, aucun romancier, aucune invention, aucune distance fictionnelle : tout est réel. La cellule, l’arrestation, les noms, les dates, les institutions.
L’auteur, fabuleusement conté par Ghonda, y raconte son expérience personnelle dans le contexte politique tumultueux de l’élection présidentielle de novembre 2011 en République démocratique du Congo, période marquée par tensions, contestations et ruptures institutionnelles. Pour l’ambassadeur Ghonda, la force du livre réside précisément dans cette double dimension : un témoignage intime et une documentation quasi judiciaire de l’histoire récente.
De l’espérance à la chute : une narration “dantesque”
L’ambassadeur décrit la structure de l’ouvrage comme un parcours en sept chapitres, proche d’une descente progressive dans l’ombre. D’abord, l’élan de la campagne électorale, les tournées internationales, l’effervescence de la diaspora.


Puis la mobilisation sur le sol congolais, marquée par l’espoir d’un changement politique majeur.
Vient ensuite le basculement : tensions, violences, arrestations, jusqu’à la séquence dramatique de Kinshasa.
Le récit devient chronologique, presque chirurgical, comme un journal de bord de la crise. Et c’est là, souligne Ghonda, que le texte rejoint pleinement la dramaturgie de Dumas : « la chute de l’innocent dans le système carcéral ».
La prison comme laboratoire de vérité
Mais l’un des points les plus marquants de la lecture concerne la manière dont le détenu transforme son enfermement. À l’image d’Edmond Dantès qui se reconstruit intellectuellement dans sa cellule, l’auteur de Noël en prison observe, note, documente, interroge
.Il ne se contente pas de subir : il consigne les conditions de détention, recense les situations, analyse les mécanismes institutionnels, et tente de comprendre les rouages de ce qu’il qualifie implicitement d’injustice systémique.
« Il fait de sa cellule un lieu d’observation du monde », souligne Antoine Ghonda, voyant dans cette démarche une véritable posture de témoin historique.
Du témoignage individuel au plaidoyer collectif
Au-delà du récit personnel, constate l’Ambassadeur Ghonda, l’ouvrage devient progressivement un document d’accusation et de mémoire. Institutions nationales et internationales, mécanismes de droits humains, organisations humanitaires : tout est convoqué dans une volonté de mise en lumière de l’impunité.
Mais là où Le Comte de Monte-Cristo mène à la logique de la vengeance, le témoignage congolais trace une autre voie : celle de la mémoire, de la dignité et de la réconciliation.
Deux destins, deux réponses à l’injustice
C’est ici que le parallèle tracé majestueusement par Antoine Ghonda atteint sa pleine puissance symbolique.
D’un côté, Edmond Dantès, devenu Monte-Cristo, porteur d’une justice individuelle, implacable et méthodique. De l’autre, Fabien Kalala, le témoin congolais, qui choisit non pas la revanche, mais l’écriture, la mémoire et l’appel à l’unité. « Son arme n’est pas l’épée, mais l’encre », résume Ghonda, dans une formule qui clôt sa lecture avec force.
Une invitation à lire autrement
En définitive, l’Ambassadeur itinérant invite à dépasser la simple lecture d’un récit carcéral pour y voir un texte de portée universelle. Non pas un fait divers politique, mais un témoignage sous serment sur l’injustice, la survie et la dignité humaine.
Entre Marseille et Kinshasa, entre fiction et réalité, entre vengeance et mémoire, se dessine ainsi une même interrogation : comment un homme devient-il témoin lorsque tout semble vouloir le réduire au silence ? Et c’est peut-être là, conclut implicitement cette lecture, que la littérature de Dumas et le témoignage congolais de Fabien Kalala Shambuyi se rejoignent le plus profondément : dans la conviction que même enfermée, la vérité finit toujours par chercher la lumière.
JEK

