Kinshasa – Cour militaire : Ouverture du procès sur la torture des enfants Likulia et Ntabaza

La Cour militaire a ouvert, ce jeudi 26 février 2026 à Kinshasa/Gombe, le procès mettant en cause un haut cadre de l’Agence nationale des renseignements (ANR), Philémon Mambabwa Zebo, poursuivi notamment pour des faits présumés de torture sur mineurs. Mais à peine entamée, l’audience a été renvoyée au 5 mars prochain, à la demande de la défense, en raison de l’absence du prévenu.

Administrateur principal et chef du département d’appui à l’ANR, Philémon Mambabwa ne s’est pas présenté à la barre, invoquant, par le biais de ses avocats, « des charges de l’État » incompatibles avec sa comparution. Une justification aussitôt relevée par la juridiction militaire, qui a exigé que l’intéressé soit démis de ses fonctions afin de répondre personnellement des accusations portées contre lui et de ne pas « utiliser l’État pour échapper à la justice ».

Sa présence physique a été formellement requise pour la prochaine audience.

L’affaire, qui a profondément choqué l’opinion congolaise, oppose le ministère public à Philémon Mambabwa Zebo et consorts, dans un dossier où se sont constitués parties civiles Claudien Likulia Lifoma, fils de l’ancienne ministre des Droits humains Marie-Ange Mushobekwa, ainsi que d’autres victimes présumées, dont Alissa Ntabaza.

Les poursuites font suite à des accusations publiques formulées par Marie-Ange Mushobekwa lors d’une conférence de presse.

Selon elle, les faits se seraient déroulés dans la nuit du 21 décembre 2025, dans la résidence privée du responsable de l’ANR. Ses deux fils, Claudien et Christopher Likulia, âgés respectivement de 18 et 17 ans, ainsi qu’un ami de 17 ans, auraient été « séquestrés, ligotés, tabassés et torturés » par sept policiers et militaires agissant, d’après ses déclarations, sur ordre de Philémon Mambabwa. Les adolescents, non armés et non recherchés, se seraient trouvés sur les lieux à la suite d’une invitation des enfants de Mambabwa.

Mushobekwa a décrit une « décision arbitraire, brutale et disproportionnée, prise hors de tout cadre légal ». Elle affirmait aussi que ses enfants avaient été frappés jusqu’à l’évanouissement et présentent encore des séquelles physiques, notamment des hématomes visibles, des douleurs persistantes et une incapacité fonctionnelle partielle pour l’un d’eux, ainsi que des traumatismes psychologiques durables.

Qualifiant les faits d’« abus de pouvoir personnel » et d’« affaire d’État », l’ancienne ministre a dénoncé l’absence de sanctions administratives ou judiciaires plusieurs semaines après les événements, estimant que la responsabilité des autorités compétentes, notamment les ministères de l’Intérieur et de la Justice, était engagée.

Parmi les chefs d’accusation retenus figurent des faits de torture et l’incitation de militaires à commettre des actes contraires à la loi.

La tenue de ce procès, impliquant un responsable présenté comme proche de l’entourage du président Félix Tshisekedi, est perçue par de nombreux observateurs comme un test majeur pour la justice militaire congolaise, appelée à démontrer son indépendance et son impartialité dans un dossier hautement sensible, surtout que l’une des parties civiles, Marie-Ange Mushobekwa, est de l’opposition.

« Ce n’est pas une affaire politique, c’est un test moral pour l’État », avait rétorqué Marie-Ange Mushobekwa, affirmant attendre un procès équitable et exhortant les autorités à assumer pleinement leurs responsabilités. La prochaine audience, fixée au 5 mars, s’annonce décisive.

Albert Osako

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