Arrivé au ministère des Postes et Télécommunications le 12 août 2025, Me José Mpanda Kabangu a hérité d’un portefeuille marqué par des blocages anciens, des retards structurels et une faible présence de la République démocratique du Congo dans les instances internationales du secteur. Cent jours plus tard, le tableau affiche une série de décisions et de résultats mesurables, tant sur le plan diplomatique qu’économique et administratif.

Retour de la RDC dans le jeu international
L’un des premiers dossiers traités a concerné la réhabilitation de la RDC au sein de l’Union postale universelle (UPU). Privé de droit de parole et de vote depuis 1992, le pays a retrouvé l’intégralité de ses prérogatives après l’apurement des arriérés de cotisations. Cette régularisation a permis à la RDC de reprendre part aux décisions lors du 28ᵉ Congrès de l’UPU, tenu en septembre 2025 à Dubaï, mettant fin à plus de trois décennies de marginalisation institutionnelle.
Dans la même dynamique, le ministère a engagé les démarches ayant conduit à la levée des obstacles au rapatriement du siège de l’Union africaine des télécommunications (UAT) à Kinshasa, délocalisé à Nairobi depuis les pillages de 1991. Le paiement conditionné de 1,47 million USD, exigé par l’Union africaine, ainsi que le dépôt officiel de l’instrument de ratification de la Convention et de la Constitution de l’UAT, ont clos le volet administratif du dossier.
Le gouvernement a, par ailleurs, autorisé la construction d’un bâtiment destiné à accueillir cette institution panafricaine.
Diplomatie économique et connectivité régionale
Sur le plan régional, José Mpanda a relancé le projet de fibre optique RDC–Tanzanie, une interconnexion stratégique de 160 kilomètres, dont 135 km sous les eaux du lac Tanganyika. Le projet, en discussion depuis 2022, vise à renforcer la connectivité de l’Est du pays et à réduire les coûts d’accès aux réseaux internationaux.
La participation de la RDC au Transform Africa Summit (TAS) 2025 à Conakry, pour la première fois depuis la création de Smart Africa, a marqué une étape symbolique. À cette tribune continentale, le ministre a plaidé pour une accélération de l’exécution des projets numériques financés par la Banque mondiale, dénonçant des procédures jugées trop lourdes au regard des besoins urgents de connectivité du continent.
Régulation du marché et climat des affaires
Sur le plan interne, le ministère a tranché un contentieux majeur : la conversion et l’unification des licences des opérateurs de télécommunications. Par arrêté ministériel, les quatre opérateurs actifs en RDC disposent désormais de titres conformes, mettant fin à une incertitude juridique qui pesait sur l’investissement et la planification à moyen terme.
Sous l’impulsion de Me José Mpanda, le ministère a également engagé une réflexion sur la réduction du moratoire de dix ans empêchant la participation des Congolais au capital des sociétés de télécommunications, un dossier sensible aux implications économiques et sociales importantes.
Administration et conditions de travail
Côté administration, plusieurs mesures ont été prises : dotation en équipements informatiques, mise à disposition de trois bus de 56 places pour le transport du personnel, attribution de véhicules de service à certains cadres, et signature d’un arrêté sur une nouvelle grille barémique, en attente de contreseing du ministère du Budget.
Ces actions visent à améliorer l’efficacité d’une administration qui figure parmi les principaux contributeurs aux recettes non fiscales de l’État.
Cap sur les réformes structurelles
Les prochains mois seront dominés par l’organisation des États généraux des Postes et Télécommunications, annoncés comme un cadre de concertation entre l’État, les opérateurs, les régulateurs et les partenaires financiers. L’objectif est double : assainir le climat des affaires et élargir l’assiette fiscale, tout en accélérant la réduction de la fracture numérique.
Dans ce contexte, le ministère mise sur le Fonds de développement du service universel (FDSU) pour étendre les infrastructures dans les zones rurales et périurbaines, ainsi que sur le Projet de transformation numérique (PTN), financé par la Banque mondiale et l’Agence française de développement, qui prévoit 10 000 km de fibre optique sur cinq ans.
Des chiffres qui rappellent l’ampleur du défi

La RDC compte aujourd’hui moins de 4 000 km de fibre optique, alors que les besoins sont estimés à 50 000 km. Le pays dispose d’environ 5 100 antennes, pour un besoin évalué à 30 000, avec un taux de pénétration de l’internet de 32 % et de la téléphonie mobile de 62 %. Autant d’indicateurs qui montrent que les avancées enregistrées en 100 jours constituent surtout une phase de repositionnement stratégique, avant l’épreuve décisive de la mise à l’échelle.
En cent jours, José Mpanda a remis la RDC dans les circuits institutionnels et posé des jalons réglementaires et administratifs. Le véritable test sera désormais celui de la vitesse d’exécution et de l’impact économique réel sur la connectivité et les recettes publiques.
Jonas Eugène Kota

