À Kigali, il y a le gouvernement officiel… et puis il y a Olivier Nduhungihere, ministre rwandais des Affaires étrangères, dont la fonction réelle semble changer au gré de ses prises de position. Certains diplomates murmurent même qu’il cumule trois portefeuilles : ministre des Affaires étrangères du Rwanda, porte-parole régional officieux du M23, et surtout ministre attitré des Banyamulenge, une communauté congolaise que l’homme défend avec une ardeur qu’il n’offre même pas à son propre Parlement.
Lors de la dernière conférence humanitaire de Paris, c’est la RDC elle-même qui avait sollicité la réouverture de l’aéroport international de Goma. Objectif clair, précis, sans ambiguïté : faciliter l’acheminement urgent de l’aide humanitaire destinée aux dizaines de milliers de déplacés congolais, chassés de leurs villages par les combats.
Une question strictement congolaise. Un dossier humanitaire. Un impératif de survie pour les populations du Kivu.
Mais il a suffi que Kinshasa avance sur ce terrain souverain pour que Olivier Nduhungihere surgisse, analyse, s’inquiète, commente — comme si l’ouverture d’un aéroport congolais relevait soudainement de sa juridiction naturelle. Au lieu de saluer un geste humanitaire, le ministre rwandais s’est empressé d’y injecter une lecture identitaire : alarmes sur la “sécurité des populations tutsies locales”, insinuations sur les risques “communautaires”, mise en avant, encore et toujours, de la question banyamulenge.
Ainsi, un dossier purement humanitaire devient, sous sa plume, une affaire communautaire, révélant à nouveau son réflexe instinctif : voir, partout et en toutes circonstances, la cause des Banyamulenge avant toute autre considération — qu’elle soit humanitaire, régionale ou diplomatique.
Le ministre qui ne parle jamais de M23… sauf quand il en parle
Dans les chancelleries africaines, on raconte que Nduhungihere possède une compétence rare : il peut évoquer la RDC, l’Est, les Banyamulenge, le “conflit local” et les “dynamiques communautaires” sans jamais prononcer le mot M23… tout en donnant l’impression de défendre le M23.
Un talent d’équilibriste. Un art du dire-sans-dire. Un exercice de haute voltige diplomatique qui, malheureusement, trahit tout le contraire de ce qu’il veut éviter : que l’implication du Rwanda dans la rébellion du M23 n’est pas niée par Kigali… seulement enveloppée dans un papier cadeau orné de rubans narratifs.
Il suffit d’écouter Nduhungihere lorsqu’il explique, d’un ton professoral, que le Rwanda “ne peut rester indifférent à la situation des Banyamulenge persécutés”. Il oublie simplement de préciser que les Banyamulenge sont congolais, citoyens d’un autre pays souverain, et que l’implication zélée d’un ministre voisin dans leur destin pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.
Difficile donc de ne pas remarquer la récurrence d’un motif devenu signature : la nation rwandaise ? Une ligne dans le discours.la communauté tutsie régionale ? Le cœur, le moteur, l’ADN. Les Banyamulenge ? La raison d’être du ministère, semble-t-il.
Cette posture ne passe pas inaperçue dans la région. À Addis Abeba, un diplomate aurait récemment lâché, dans un couloir : “Nduhungihere devrait être payé moitié par Kigali, moitié par … Minembwe. »
L’actualité qui confirme tout
Les événements récents jouent en sa défaveur :
la montée en puissance du M23 sur plusieurs axes stratégiques ;
les révélations de rapports onusiens sur le soutien logistique et militaire rwandais ;
les rencontres bilatérales où Kigali adopte une rigidité presque doctrinale ;
et la proximité affichée du ministre avec certains leaders banyamulenge, parfois plus visibles que ses homologues africains eux-mêmes.
Sans compter que Nduhungihere se permet même, parfois, de commenter la politique intérieure congolaise — au nom de la protection communautaire, jamais au nom d’une relation d’État à État.
De quoi alimenter une question que beaucoup posent déjà, même à voix basse : Pour qui roule vraiment le ministre rwandais des Affaires étrangères ? Pour Kigali ou pour une cause identitaire régionale ?
Conclusion : un ministre à double casquette… mais une seule obsession.
S’il fallait lui créer un nouveau titre, ce serait peut-être : « Ministre des Affaires étrangères rwandaises… et intérieures congolaises – secteur Banyamulenge».
Albert Osako

