La visite officielle de l’Émir du Qatar, Son Altesse Cheikh Tamim bin Hamad Al-Thani, à Kinshasa marque un moment charnière pour l’économie congolaise. Alors que Doha multiplie ses positions sur le continent africain, le gouvernement congolais voit dans cette visite un accélérateur décisif pour attirer des flux d’investissement d’envergure et renforcer son influence régionale.
Dans un entretien exclusif accordé à Qatar News Agency, le Vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a replacé cette visite dans une trajectoire stratégique : « La visite de l’Émir donnera l’impulsion nécessaire pour permettre la réalisation de ce projet dans les meilleurs délais. »
Ce « projet », estimé à 21 milliards de dollars, fait référence aux lettres d’intention signées début septembre entre Kinshasa et le conglomérat qatarien Al Mansour Holding, couvrant des secteurs allant des infrastructures à l’énergie, en passant par les plateformes logistiques.
Un cadre légal jugé prêt pour accueillir les capitaux du Golfe
Pour Mukoko Samba, l’heure n’est plus aux interrogations juridiques :« Le problème vient davantage du narratif selon lequel il serait difficile de faire des affaires en RDC, alors que les faits démontrent le contraire. »
Le vice-Premier ministre rappelle que le pays s’est doté depuis plus de vingt ans d’outils favorables aux investissements :
- Code des investissements (2002)
- Législation sur les partenariats public-privé
- Libéralisation des secteurs de l’électricité, de l’eau et des assurances
- Révision en cours de la loi agricole, prochainement suivie d’une actualisation du Code des investissements
L’un des marqueurs les plus visibles de cette attractivité reste l’essor du secteur minier, devenu un cas d’école.
« En vingt ans, la production de cuivre est passée de moins de 200 000 tonnes à plus de 3 millions, faisant de la RDC le deuxième producteur mondial », rappelle-t-il.
Une performance dopée par une moyenne annuelle de 2 milliards USD d’investissements directs étrangers.
Le Qatar invité à adopter une vision régionale
Au-delà des investissements bilatéraux, Mukoko Samba encourage Doha à adopter une approche continentale structurée autour de la RDC, présentée comme le moteur naturel de l’intégration économique d’Afrique centrale.« Pour un pays doté d’une forte capacité d’investissement comme le Qatar, il serait judicieux de privilégier des projets favorisant l’intégration régionale autour d’un pays potentiellement puissant comme la RDC », explique le VPM.
La République démocratique du Congo dispose de sept corridors de transport, qui, une fois réhabilités, pourraient ancrer le pays au cœur d’un marché régional intégré reliant l’Afrique australe, l’Afrique de l’Est et la région des Grands Lacs.
Pour y parvenir, Kinshasa appelle de ses vœux des partenariats massifs dans :
- les infrastructures de transport (routes, chemins de fer, ports, aéroports)
- les plateformes logistiques
- l’énergie, condition essentielle à toute industrialisation
Autant de secteurs au centre des discussions en cours avec les autorités et les entreprises qatariennes.
Un appel à explorer la RDC au-delà des grandes villes
Dans son message aux investisseurs du Golfe, Mukoko Samba insiste sur l’importance de sortir d’une vision limitée à Kinshasa, Lubumbashi ou Goma.« Pour comprendre ce pays, il faut l’explorer. Il faut aller au cœur du Congo, dans des régions comme le Sankuru, mesurer le potentiel du fleuve Congo, reconnaître l’importance de villes comme Kisangani. »
Pour lui, la RDC reste une « économie continent », aux défis certes considérables, mais dont l’ampleur offre autant d’opportunités d’investissement structurel.
Vers un partenariat renforcé avec les fonds souverains du Golfe, moment stratégique pour la RDC
Si aucune discussion formelle n’est encore engagée avec l’Autorité d’investissement du Qatar, Mukoko Samba estime que la RDC pourrait largement bénéficier de l’expérience qatarie dans la gestion de fonds souverains.Le gouvernement, qui dispose déjà d’un fonds minier, envisage la création d’un véritable fonds souverain national — un chantier pour lequel l’expertise de Doha pourrait jouer un rôle déterminant.
La visite de l’Émir intervient quelques jours après la signature d’un accord de paix avec le M23, ouvrant une perspective nouvelle pour la stabilisation de l’est du pays.
Combinée aux engagements d’Al Mansour Holding, elle pourrait contribuer à repositionner la RDC comme un pôle économique régional incontournable dans les années à venir.
Pour Mukoko Samba, l’enjeu est clair : « La RDC est vaste, dynamique, et ses défis constituent autant d’occasions d’investissement. »
Jonas Eugène Kota

