Norbert Basengezi Katintima a officiellement franchi le pas. Ce samedi, il a déposé sa candidature au directoire de l’Union sacrée de la Nation (USN) en vue de sa désignation comme candidat au poste de deuxième vice-président du Sénat. Un geste qui intervient dans un contexte de recomposition politique marqué par la démission de Modeste Bahati Lukwebo et qui ravive, en coulisses, autant d’attentes que de résistances.
Selon le calendrier fixé par le Secrétaire permanent de la plateforme présidentielle, l’USN doit rendre public, ce 30 mars à 16 heures, le nom du candidat qu’elle alignera pour ce poste stratégique. L’élection, quant à elle, est prévue le vendredi 3 avril, une échéance imminente qui place la candidature de Basengezi au cœur des arbitrages politiques du moment.
Candidature au croisement des enjeux politiques
Dans les cercles politiques de Kinshasa, le dépôt de candidature de Basengezi n’a rien d’anodin. Il intervient après plusieurs jours de spéculations nourries par une campagne de dénigrement feutrée, typique des périodes de recomposition institutionnelle.
Officiellement, les débats restent feutrés. Officieusement, les lignes bougent. Et dans cet entre-deux, Basengezi apparaît comme une figure qui dérange autant qu’elle s’impose. Car au-delà des manœuvres de positionnement, sa candidature remet au centre du jeu une question essentielle : celle de la place de l’expérience et de la mémoire politique dans la consolidation des institutions.
Un profil d’expérience au service de la stabilité
Norbert Basengezi Katintima ne se résume pas à une ambition conjoncturelle. Son parcours s’inscrit dans la durée.
De la transition post-Mobutu à l’actuelle configuration politique sous Félix Tshisekedi, il a traversé les cycles de la vie politique congolaise en acteur engagé et en observateur averti. Cette longévité lui confère une connaissance fine — presque organique — des dynamiques internes du pouvoir.
À l’heure où les institutions ont besoin de stabilité, ce type de profil apparaît comme un atout majeur de cohésion. À la fois discret et influent, Basengezi incarne ce lien rare entre générations politiques. Une capacité précieuse dans un contexte où les équilibres restent fragiles et où les tensions peuvent rapidement s’exacerber.
Et ce n’est pas tout. Originaire du Sud-Kivu, Basengezi apporte également une dimension stratégique souvent sous-estimée : son ancrage dans l’Est du pays. Ancien gouverneur dans une période particulièrement sensible (1998-2002), il a une connaissance directe des enjeux sécuritaires, politiques et sociaux de cette région clé.
À cela s’ajoute son implantation dans le tissu économique local, qui renforce sa compréhension des réalités du terrain.
Dans un contexte où la question de l’Est reste centrale dans l’agenda national et international, cet atout pèse dans l’appréciation de son profil.
Sanctions et controverses : un débat à relativiser
Les critiques formulées à l’encontre de Basengezi, notamment en lien avec les sanctions américaines de l’OFAC ou les accusations de gestion controversée à la CENI, refont surface dans ce contexte de compétition. Mais ces éléments, pour ses soutiens, doivent être replacés dans leur cadre d’origine.
Les sanctions visaient une séquence politique spécifique, marquée par des tensions électorales et des rapports de force internationaux. Elles relevaient davantage d’un instrument de pression que d’une décision judiciaire définitive.
L’évolution de cas similaires, à l’instar de certaines personnalités aujourd’hui délistées comme l’ancien ultra kabiliste Lambert Mende, tend à confirmer le caractère conjoncturel de ces mesures.
Dès lors, leur portée actuelle apparaît relative face aux enjeux présents.
Une assise économique antérieure à la CENI
Quant aux accusations de détournement souvent associées à son passage à la CENI, elles se heurtent à un élément factuel majeur : Basengezi est, depuis plusieurs décennies, une figure reconnue du monde économique dans l’Est du pays.
Bien avant son engagement dans les institutions électorales, il s’était déjà imposé comme un opérateur économique influent, au point de représenter sa province à la Conférence nationale souveraine en tant que membre de la société civile. Un parcours qui relativise fortement l’idée selon laquelle ses responsabilités publiques auraient constitué le fondement de son assise financière.
À mesure que l’échéance du 30 mars approche, la candidature de Basengezi apparaît comme un test pour l’Union sacrée de la Nation. Choisir un profil comme le sien reviendrait à privilégier l’expérience, la mémoire institutionnelle et la capacité de stabilisation dans une période charnière.
À l’inverse, céder aux logiques de dénigrement ou aux calculs de court terme pourrait fragiliser cette dynamique.
En filigrane, c’est aussi la vision portée par Félix Tshisekedi qui se joue : celle d’un rassemblement fondé sur la complémentarité entre expérience et renouvellement.
Dans ce contexte, l’équation est claire : entre les controverses héritées d’un contexte politique révolu et la valeur stratégique d’un acteur aguerri, le choix dépasse largement les intérêts individuels. Il engage, en réalité, la trajectoire même de la stabilité institutionnelle en République démocratique du Congo.
JEK

