Alors que les lignes bougent brutalement autour du conflit dans l’Est de la République démocratique du Congo, Kinshasa a été, ce jeudi, le centre de gravité d’une intense séquence diplomatique africaine. Le Président Félix-Antoine Tshisekedi a, en effet, reçu à la Cité de l’Union africaine une délégation du Panel des facilitateurs de l’Union africaine, dans un contexte marqué par les aveux du Rwanda au Congrès américain et la tentative maladroite de justification de Corneille Nangaa, chef de l’AFC, depuis Kigali.
Cette rencontre intervient au moment où la crise congolaise connaît un basculement stratégique : ce qui était longtemps nié ou maquillé vient d’être publiquement reconnu, provoquant un choc politique régional et appelant à une relecture profonde des cadres de paix en cours, notamment ceux de Washington et de Doha.

L’UA remet l’humain au centre
À l’issue des échanges avec le Chef de l’État congolais, Mme Sahle-Work Zewde, ancienne Présidente de l’Éthiopie et membre du Panel, a rappelé la philosophie de la démarche africaine : « Nous sommes dans une tournée. Nous allons écouter les uns et les autres et voir ce qui peut être fait pour le bien-être de cette population qui n’a que beaucoup souffert, plusieurs décennies. On oublie que derrière tout ça, il y a des souffrances humaines qu’il faudrait arrêter. »
Un message nouveau, à contre-courant des discours technico-sécuritaires et des euphémismes diplomatiques récemment employés pour tenter de banaliser une guerre pourtant dévastatrice.
Tshisekedi réaffirme sa ligne : paix, mais vérifiable
Le Président Tshisekedi a salué l’engagement des facilitateurs africains et réaffirmé la position constante de Kinshasa : une paix durable, crédible et vérifiable, respectueuse des engagements pris et fondée sur la restauration de la stabilité régionale.
Ce positionnement tranche avec les tentatives de dilution de responsabilité observées ces derniers jours, notamment après que Corneille Nangaa a reconnu une collaboration avec le Rwanda et l’Ouganda, tout en cherchant à la réduire à une simple coopération « sécuritaire et migratoire ».
Luanda maintient la pression politique
En toile de fond, l’Angola continue de jouer un rôle déterminant. Lors de l’échange de vœux avec le corps diplomatique à Luanda, le Président João Lourenço s’est à nouveau montré ferme : la sortie de crise en RDC passe par un dialogue politique inclusif, sous leadership africain, et non par des arrangements militaires déguisés ou des narratifs de circonstance.
Cette détermination angolaise tend à renforcer la dynamique continentale portée par l’Union africaine et suggère du poids à donner à l’option politique au moment où les aveux rwandais fragilisent sérieusement les équilibres diplomatiques existants.
Un signal fort envoyé aux acteurs armés
La composition même du Panel reçu à Kinshasa envoie un message politique puissant : Olusegun Obasanjo (Nigeria) pour l’Afrique de l’Ouest; Sahle-Work Zewde (Éthiopie) pour l’Afrique de l’Est; Mokgweetsi Masisi (Botswana) pour l’Afrique australe ; Catherine Samba-Panza (RCA) pour l’Afrique Centrale ; Yackoly Kokou Johnson, représentant du Médiateur togolais Faure Gnassingbé, et l’Ambassadeur Akok Manyuat Madut pour la Commission de l’UA.
Autant de figures qui incarnent l’expérience, la mémoire institutionnelle et la volonté africaine de reprendre la main sur un conflit longtemps instrumentalisé.
Vers une recomposition du cadre de paix
Dans un contexte où les alliances anciennes sont mises à nu et où les discours de justification se heurtent désormais aux faits, la diplomatie africaine semble vouloir accélérer le tempo. Le message est limpide : l’heure n’est plus aux faux-semblants, mais à une clarification politique profonde.
Reste à savoir si les acteurs armés, récemment apparus ou historiquement enracinés, sauront s’adapter à ce nouveau rapport de force diplomatique. La fenêtre est étroite, mais elle est désormais clairement africaine.
Le panel africain du processus de Lomé devait aussi être reçu à Kigali.
Jonas Eugène Kota

