La République démocratique du Congo a transmis à Washington une liste restreinte d’actifs miniers publics — comprenant des projets de manganèse, cuivre-cobalt, or et lithium — afin d’être examinés par des investisseurs américains dans le cadre du partenariat stratégique sur les minerais critiques.
Selon dépêche de l’agence britannique Reuters datée du 20 janvier et qui évoque deux hauts responsables congolais ayant requis l’anonymat, cette démarche, effectuée la semaine dernière, constitue la première avancée concrète des États-Unis pour transformer les engagements de paix et d’investissements conclus entre la RDC et les USA en une influence réelle sur la chaîne d’approvisionnement en minerais stratégiques du pays, indispensable aux technologies vertes et aux industries de défense.
Une liste d’actifs stratégiques : manganèse, cuivre, lithium, coltan…
Selon les sources congolaises, la shortlist soumise aux Américains ne concerne que des actifs des entreprises publiques qui ne sont pas déjà engagés dans des partenariats ou joint-ventures.
La liste comprendrait notamment :
• les licences de manganèse, or et cassitérite de Kisenge,
• le projet cuivre-cobalt Mutoshi de Gécamines et son initiative de traitement du germanium,
• quatre permis aurifères de Sokimo,
• les licences de lithium de Cominière,
• ainsi que les actifs de coltan, or et wolframite de Sakima.
Les responsables assurent que l’ensemble du processus est conduit « dans le strict respect des lois congolaises ».
Vers un comité de pilotage conjoint RDC–États-Unis
Les actifs sélectionnés ont été présentés au Comité conjoint de pilotage pour les investisseurs américains, un organe binational chargé de mettre en œuvre le pacte sur les minerais critiques.
Les prochaines étapes consisteront à convoquer une première réunion officielle du comité, lancer les travaux d’évaluation et entamer les négociations contractuelles.
La délégation congolaise à ces consultations pourrait être conduite par le Vice-Premier ministre en charge de l’économie nationale, Daniel Mukoko Samba.
Un pacte né du rapprochement Trump entre Kinshasa et Washington
Depuis que le président Donald Trump a parrainé un accord entre la RDC et le Rwanda censé réduire les tensions dans l’Est riche en minerais, les agences fédérales américaines ont accéléré leurs efforts pour sécuriser des métaux essentiels. La Development Finance Corporation (DFC) a ainsi conclu un partenariat de commercialisation des minerais avec la société publique Gécamines et a apporté son soutien au vaste chantier de modernisation du corridor de Lobito, un projet ferroviaire estimé à 553 millions de dollars.
Selon les sources de Reuters, la liste des actifs publics proposés aux investisseurs américains, dont la valeur n’a pas été divulguée et que les officiels des deux pays se refusent encore de commenter, cette liste donc a franchi « plusieurs cycles de validation interne » et représente l’offre la plus directe faite à Washington jusque-là.
Washington cherche à réduire sa dépendance à la Chine
Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de Washington visant à limiter sa dépendance à la Chine, qui domine le raffinage de nombreux minerais critiques. Selon l’Agence internationale de l’énergie, Pékin traite entre 47 % et 87 % du cuivre, du lithium, du cobalt et des terres rares utilisés dans l’industrie mondiale.
En Afrique, les géants chinois CMOC — premier exportateur mondial de cobalt, exploitant principalement en RDC — mais aussi Zijin et Huayou, contrôlent une part significative de la production et des exportations de cuivre et de cobalt, au cœur des batteries et technologies propres.
JDW

