Démission de Kamerhe : quand les jeux de pouvoir compromettent la crédibilité du Parlement

Sans surprise, Vital Kamerhe a présenté ce lundi sa démission de la présidence de l’Assemblée nationale, devant la conférence des présidents.

Dans la foulée, Dominique Munongo, rapporteure adjointe du Bureau, a également remis sa démission, mais séparément. C’est là la fin annoncée d’un bras de fer au détriment de la crédibilité institutionnelle.

Cette démission intervient alors que la pétition visant la déchéance du Président de l’Assemblée nationale, ainsi que de la quasi-totalité de son bureau, était frappée de graves irrégularités et n’avait aucune chance de passer, surtout au regard des jurisprudences en la matière au sein de la même institution.

Une pétition truffée de fraudes

La commission chargée de l’examiner avait , en effet, relevé des irrégularités flagrantes : un faux député signataire, Patrick Mulumba Kanyinda, coordonnateur de la cellule de communication du parti CRD de Christophe Mboso, aujourd’hui en poste au cabinet du ministre des Droits humains Samuel Mbemba Tanda ; un signataire cité, Titan Kalonji Antoine, mais sans signature ; un doublon avec deux orthographes du même nom, Jerry Mulumba Mandé, mais surtout un échantillon d’au moins 25 fausses signatures, détectées en comparant les écritures avec les fiches individuelles des députés remplies en début de législature.

Des constats sans appel qui portent sur des fraudes massives et organisées, donnant à cette pétition « tous les atours d’une grossière tricherie ».

La jurisprudence implacable des précédents

Pire encore, ces précédents jurisprudenciels qui sont venus rappeler le poids du droit au sein du Parlement :

En 2012, la pétition Mutomb-Nzangi contre le ministre de l’Enseignement supérieur avait été rejetée pour irrégularités ;

En 2018, la motion contre Évariste Musao, alors questeur de l’Assemblée, n’avait pas prospéré pour vice de procédure ;

En 2020, la pétition visant à destituer Gentiny Ngobila, gouverneur de Kinshasa, avait été écartée pour anomalies.

Aujourd’hui, les irrégularités relevées dans la pétition contre Kamerhe révèlent une fraude « massive » et organisée qui aurait dû entraîner son rejet pur et simple.

Mais l’enjeu n’était pas aux procédures; les jeux étaient faits et les stratégies avec : il suffisait de voir combien le « Pacificateur » était « encerclé » par l’Udps, parti présidentiel et tête de proue de cette fatwa politique : aussi bien l’initiateur de la pétition que le Président de la commission de son examen et l’intérimaire du Bureau, tous sont du même parti…

Une rupture politique, pas une affaire de fonds

La hargne des pétitionnaires a donc fini par révéler que derrière cette campagne, il ne s’agissait pas de chasser un président accusé de détournement, mais bien de se débarrasser d’un allié politique en rupture avec sa propre famille, et surtout avec son partenaire de Cach, le président Félix Tshisekedi. Selon des sources, Kamerhe avait récemment confronté le chef de file de la majorité USN lors d’une rencontre qui, malgré ses quatre heures de durée, s’était soldée par un échec cuisant.

En acceptant, dans ces conditions, d’aller jusqu’au bout de cette démarche, l’Assemblée nationale a raté l’occasion de s’élever au-dessus des intrigues politiques pour affirmer son indépendance et sa crédibilité.

Une occasion manquée qui va être soulignée avec le retour annoncé au perchoir de Christophe Mboso, du moins à la tête du bureau provisoire si aucun autre député ne s’avère plus âgé que lui. Un personnage controversé dont l’image ne saurait relever l’institution de ce coup dur, fruit d’une équipée politique aux conséquences dévastatrices.

Une crédibilité en jeu, un avenir incertain

Au lieu de s’imposer comme un contre-pouvoir respecté, le Parlement congolais s’expose désormais aux critiques les plus sévères, accusé de se prêter à des calculs de couloir plutôt que de défendre la légitimité démocratique. Son image, déjà ternie par les soupçons de clientélisme et de compromission, risque de sortir durablement affaiblie de cette séquence.

L’avenir immédiat de l’institution s’annonce donc délicat : entre un bureau provisoire qui ressuscite des figures contestées, une majorité éclatée et une opposition qui guette la moindre faille, l’Assemblée nationale se retrouve face à un défi historique : sauver ce qu’il reste de sa crédibilité. Car ce n’est plus la crédibilité de Kamerhe qui était en jeu, mais celle de tout un Parlement désormais pris au piège de ses propres intrigues… et de sa vassalisation.

Albert Osako

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