Le nouveau Ministre d’État à la Justice, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, figure éminente des droits de l’homme en RDC, s’est exprimé pour la toute première fois depuis sa prise de fonction lors d’un briefing de presse ce mercredi. Sa sortie publique marque une rupture franche avec les pratiques de son prédécesseur Constant Mutamba, qu’il accuse d’avoir usé de méthodes illégales, voire corruptrices, et de propulser la justice congolaise dans un climat de défiance généralisée.
Rançons illégales et offres de prime de Constant Mutamba
Guillaume Ngefa a dénoncé ce qu’il appelle des offres de rançons illégales lancées en son temps par son prédécesseur Constant Mutamba. Ce dernier avait, en effet, annoncé, en mars 2025 par exemple, une prime de 5 millions de dollars américains par tête pour quiconque contribuerait à l’arrestation de Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa et Sultani Makenga. Par ailleurs, pour les complices en fuite — notamment Pero Luwara et Irenge Baelenge — une autre prime, de 4 millions USD, avait été mise sur la table.
Le nouveau ministre affirme que ces offres de compensation financière liées à des arrestations sont illégales selon la législation congolaise, quelle que soit la justification. Il précise que la loi ne permet aucune forme de rançon ou prime pour arrestation, même dans le cas d’individus en fuite ou condamnés. À ses yeux, de telles pratiques ne sont rien d’autre qu’une incitation à la chasse aux personnes, contraire aux principes fondamentaux du droit et de l’État de droit.
Le procès Kabila, symbole d’une prédation organisée
Un cas emblématique illustre également cette dérive : le procès contre l’ancien président Joseph Kabila. Dans ce dossier hautement sensible, l’État congolais avait mobilisé pas moins de sept cabinets d’avocats pour assurer sa défense. Or, cette démonstration de force judiciaire s’est rapidement transformée en gouffre financier.
Les honoraires réclamés ont atteint des montants exorbitants, dépassant les deux millions de dollars américains, certains médias évoquant même un chiffre global de 2,4 millions. Chaque cabinet plaidant la cause de la République n’a pas hésité à solliciter entre trois cent mille et quatre cent mille dollars, des sommes qui paraissent surréalistes au regard du barème officiel des honoraires fixé par le Conseil national de l’Ordre.
Guillaume Ngefa s’en est indigné avec force, dénonçant des pratiques qui ne relèvent pas seulement de l’abus mais du détournement organisé. Selon lui, certains avocats de la République pactisent avec leurs confrères de la partie adverse, allant jusqu’à manipuler le cours de la procédure pour provoquer la condamnation de l’État à des amendes colossales, qu’ils se partagent ensuite en coulisses.
Pour le ministre, le procès Kabila est devenu le symbole d’une justice instrumentalisée, où la défense de l’intérêt général a été sacrifiée sur l’autel de la prédation, au détriment du Trésor public et de la confiance des citoyens.
La vision et les engagements de Guillaume Ngefa
Cette dénonciation s’inscrit dans une démarche plus large. Juriste de formation et pionnier des droits humains en RDC depuis l’époque du Zaïre, Guillaume Ngefa entend faire de son mandat une croisade contre la corruption judiciaire. Il rappelle que le peuple congolais perçoit la justice comme « profondément minée » par les pratiques de favoritisme, de prévarication et d’enrichissement illicite.
Sa feuille de route est claire : assainir le système en sanctionnant les acteurs impliqués, rétablir la transparence dans la fixation des honoraires, et bannir toute promesse de rançon dans les procédures judiciaires.
Pour lui, la restauration de l’État de droit passe par la reconstruction de la confiance entre le citoyen et l’appareil judiciaire. « La justice doit être rendue au nom du peuple et non confisquée par des intérêts privés », a-t-il martelé, promettant de traduire ses mots en actions concrètes.
Si le chantier est immense, son ton ferme et son engagement tranchent déjà avec les errements du passé. Reste désormais à voir si cette volonté politique saura s’imposer dans un système rongé par des décennies de compromissions.
Jonas Eugène Kota

